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Ce cri que personne n'entend

De Jørn Lier Horst et Jan-Erik Fjell

Chroniqué par Michel Roberge
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Avec « Ce cri que personne n’entend », Jørn Lier Horst, un auteur nordique que j’avais découvert avec « La chambre du fils » (2022), s’associe pour la première fois à Jan-Erik Fjell que je n’ai jamais lu pour nous entraîner dans une aventure au cœur de la Norvège. Une collaboration qui respecte les codes du genre tout en proposant un limier pour le moins inhabituel et une trame narrative intéressante.

 

En cours de lecture, je me suis demandé qui avait écrit quoi dans ce polar captivant dans ses premiers chapitres, un tourne-page assez efficace malgré une finale décevante qui semble être l’amorce d’une suite, voire d’une série écrite à quatre mains.

 

J’ai trouvé originale l’idée de mettre en scène un ancien militaire, Markus Heger, qui sillonne les routes norvégiennes à bord de son van et anime un balado intitulé « Krimcasten » (« Balado criminel ») consacré aux cas non résolus.

 

Ce qui m’a d’abord intéressé dans ce roman, c’est justement le choix de faire de Markus Heger un enquêteur qui n’en est pas vraiment un. Il ne dispose ni des moyens des corps policiers ni de l’autorité d’un détective professionnel. Ses principaux outils sont son expérience, son instinct et surtout sa capacité à reprendre les témoignages, à comparer les versions et à poser les questions que d’autres ont peut-être cessé de poser depuis longtemps.

 

En fait, le roman repose ainsi sur une question fondamentale : et si la communauté et la justice s’étaient trompées en identifiant un coupable ?

 

À mesure que son personnage principal reprend les éléments de sa recherche de la vérité, des zones d’ombre apparaissent. On passe d’une fausse piste à l’autre – trop souvent peut-être – au gré des témoignages recueillis auxquels s’ajoute une histoire personnelle concernant Markus marqué par son passé, hanté par certains souvenirs et qui doit lui-même composer avec une relation difficile avec son père incarcéré. Un conflit personnel, un classique exploité par plusieurs auteur,e,s de polars.

 

Le rythme est plutôt lent et la trame dramatique s’étire quelque peu, particulièrement dans la partie consacrée aux témoignages. Par contre, l’atmosphère – les descriptions des paysages norvégiens, des routes isolées, des fjords, des fermes éloignées et des longues nuits contribuent à créer une impression d’isolement.

 

J’ai également apprécié la place accordée au balado de Markus intitulé « Ce cri que personne n’entend » à la fois enquêteur, narrateur et observateur. Ce dispositif narratif permet de présenter les éléments de l’affaire sous un angle différent de celui d’un polar traditionnel. Ce dernier raconte, explique et tente de convaincre son auditoire tout en poursuivant ses propres recherches.

 

La finale m’a tout de même déçu. Je n’ai pas toujours compris qui était le véritable coupable parmi les nombreux suspects identifiés. Certains disposent d’un excellent alibi pour le jour de l’enlèvement, d’autres n’ont pas de mobile suffisamment solide. Au final, plusieurs zones d’ombre demeurent, donnant l’impression que cette conclusion sert surtout à annoncer une suite, voire une nouvelle série.

 

J’ai aimé cette réflexion sur la détérioration du « service client » :

 

«... si vous allez dans n'importe quel magasin d'une grande chaîne, il faut avoir du bol pour ne pas tomber sur quelqu'un qui travaille à temps partiel et qui sait à peine s'il doit tenir un pinceau par les poils ou par le manche. [...] dans le temps, on pouvait passer dans une station-service acheter des ampoules de clignotant. À ce moment-là, les employés vous demandaient s'ils pouvaient vous aider à la changer. Aujourd'hui, ils ne savent même pas de quelle ampoule vous avez besoin. Bien sûr, il y a des exceptions, mais l'époque où on bénéficiait d'un excellent service est malheureusement révolue. »

 

Et certaines tournures de phrases :

 

« Il restait un bon quart d’heure avant que mercredi ne devienne jeudi. »

 

« Le soleil se risquait timidement et jetait un éclat vif entre les nuages. »

 

« ... il tourna la clé qui attendait dans la serrure. »

 

Malgré quelques longueurs, « Ce cri que personne n’entend » est somme toute un polar original et captivant bien que j’aurais souhaité davantage de rythme dans certaines portions du récit. Une réserve qui ne m’a cependant pas empêché de poursuivre ma lecture avec intérêt. Car en faisant de Markus Heger un baladodiffuseur, les auteurs ouvrent une réflexion intéressante sur la place des médias, des amateurs et des nouvelles formes d’investigations dans la recherche de la vérité.


Publié le 27/08/2026