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Confusion des étoiles

De Alda Merini, Gabriel Dufay

Chroniqué par Lucie R
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Abbiamo fame di tenerezza in un mondo dove tutto abbonda. Ce vers qui résonne. Face aux violences d'hier et d'aujourd'hui. Nous avons faim de tendresse dans un monde où tout abonde. C'est ce qu'il dit. Sa tendresse est d'abord celle d'une femme au grand coeur, poétesse italienne contemporaine des XXe et XXIe siècles, milanaise. Un esprit éraflé, touché par le trouble bipolaire et la dépression, de ses seize ans jusqu'à sa mort, et les passages, marquants, à l'hôpital psychiatrique que l'on trouve, le coeur bien accroché, dans son Autre Vérité : journal d'une étrangère. La citation y figure, exergue d'un poème qui donne la force à l'amour de transcender l'horreur, comme une lumière dans un tunnel. Mais ici, dans Confusion des étoiles, ce sont des extraits d'interviews, des poèmes, et des lettres qu'elle nous laisse. Elle y chante sans cesse l'amour et la tendresse, les sacralise religieusement, évoque la folie comme une douce créatrice. Elle y maintient, comme dans toutes ses oeuvres, son mot d'ordre : nous ne sommes pas fous. Elle se fait la voix de ceux qui sont internés, qui ont été internés avec elle pour dire qu'ils sont plus sensés que les sains d'esprit eux-mêmes. Elle les défend dans ses écrits, ici en italien, traduits en français sur la page d'à côté. On y trouve l'humanité.

Alda Merini, en chantant l'amour corporel et spirituel, l'oppose à la haine. Le lecteur s'assoit et le déguste, vers après vers. Celle qui est née le jour du printemps apporte le parfum de ses fleurs dans ses rimes. Elle nous rappelle la beauté de l'humain en faisant preuve de solidarité, en accueillant les plus démunis chez elle, en allant apporter du soutien à ceux qui en manquent. Le lecteur perçoit aussi son esprit confus, ce qui peut le déstabiliser, mais sa tendresse le rattrape avant qu'il ne tombe. Cela fait déjà dix-sept ans qu'elle nous a quitté, elle, cette étoile confuse, mais pas ses mots qui continuent de vivre dans les coeurs de ceux de son pays, l'Italie, et de ceux du monde entier.

Je vous invite vraiment à la lire, d'autant plus que l'édition est bilingue, ce qui permet de mieux appréhender son style. Elle provoque en moi larmes et frissons, je suis toujours bercée par son extrême douceur quand je pense à elle. Lisez là, vous ne serez peut-être pas d'accord sur tout (ce fut mon cas), sauf sur une seule chose que vous prononcerez, avec elle, dans votre tête à la lecture, d'une seule et même voix : Nous avons faim de tendresse dans un monde où tout abonde.


Publié le 23/02/2026
Commentaires
Publié le 23/02/2026
Una meravigliosa (une merveille) !
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