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La chambre des époux

De Eric Reinhardt

Chroniqué par Johann C. Schneider
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J’ai lu un certain nombre de critiques défavorables, non seulement à l’égard de ce livre mais aussi à l’égard de leur auteur.

Je pense qu’on ne rend pas justice à Éric Reinhardt en jugeant de façon expéditive que sa réputation d’écrivain est surfaite, voire usurpée.
J'avoue volontiers avoir un penchant générationnel pour les écrivains, tous genres et nationalités confondus, nés durant la période 1950-1970 : vous y trouverez pêle-mêle Christian Bobin, Louise Erdrich, Karl-Ove Knausgaard, Colson Whitehead, Zadie Smith, Marie Nimier, Christophe Donner, Gilles Legardinier … et aussi Eric Reinhardt.
Mais en matière littéraire comme en bien d'autres, ce n'est le plus souvent qu'une affaire de préjugés. Alors s'il faut parler de préjugés, parlons de mes préjugés positifs, pour ce qu'ils valent.

D'abord Reinhardt et moi sommes de la même génération (deux ans nous séparent). Nous avons fréquenté le même lycée, certes je l'ai quitté avant qu'il n'y entre. Il est originaire d'une région où j'ai de fortes attaches. Et puis je l'ai rencontré à l'occasion d'une dédicace, et pour fugitive qu'elle soit, l'impression que j'en ai gardée est celle d'un homme charmant et plein d'empathie.
Revenons au livre. Autant Sarah, Susanne et l'écrivain m'avait impressionné, je dirais même embarqué, autant La chambre des époux m'a quelque peu laissé à quai. le sujet était ardu et même casse-gueule, et n'en déplaise à certains Reinhardt s'en tire honorablement. Il nous dit que le corps de la femme est plus fragile que celui de l'homme mais que son mental, en revanche, est plus fort. Enfonçage de portes ouvertes, objecterez-vous, mais qui de nous n'en connaît pas, de ces pseudo super-women formatées pour tout casser sur le plan professionnel et qui en fait ne cassent rien du tout, sauf les pieds (restons poli). Au moins chez Reinhardt il n'y a pas confusion ni mélange des genres et je ne sache pas qu'il ait été taxé de misogynie.
Le principal défaut du livre est que son auteur n'a pas choisi entre une forme autobiographique, voire autofictionnelle, et la fiction pure et simple. Les transitions entre le récit de l'auteur relatant son vécu et celui du personnage d'un roman à écrire et dont le synopsis est dévoilé au lecteur ne fonctionnent pas très bien.
On a lui a aussi beaucoup reproché une certaine complaisance dans la description de scènes de
sexe. Il y en a dans ce roman et elles sont assez brèves mais bien narrées. Je ne suis pas fou-fana de scènes de sexe en littérature («ceux qui en causent et ceux qui le font c'est pas toujours les mêmes », disait-dans mon jeune temps).

Si on veut faire un palmarès des scènes de sexe, je classerai Éric Rheinhardt un peu en retrait d'Haruki Murakami (mais si, il y en a chez Murakami, cherchez bien), et peut-être à égalité avec Douglas Kennedy, mais bien au-dessous de James Baldwin (Harlem Quartet).


Publié le 08/07/2026