Il était différent et son âme insondable,
Pour qui surfe sans voir les vagues des saisons,
Avait la consistance du château de sable,
Pétrifié par le froid d’une austère prison.
Quand on venait te voir dans ton appartement,
Il se tenait discret assis dans la cuisine,
Le regard enferré dans un monde troublant,
Sans échos partageurs, comme mis en sourdine.
Le corps en balancier rythmant une prière
En l'honneur de l'ersatz d'un dieu confidentiel,
Les deux mains emmêlées d'une drôl' de manière
Proférant des bruits sourds comme plaintes au ciel.
Et son monde interdit ignorait nos invites
Aux échanges parlés que nous lui proposions
Occultant ses pensées, terré dans ses limites
Flanqué dans un mutisme aux étranges visions.
Après le déjeuner, c’était un jour d’été,
Alors que nous prenions le café en terrasse,
J’ai rapproché ma chaise de sa chaise écartée,
Cette proximité ne brisa pas la glace.
Retournant un pot vide oublié dans un coin
J’entrepris d’y frotter dans un rythme acharné
Un noyau d’abricot qui restait du festin
Jusqu’à faire un méplat et jusqu’à le trouer.
Ignorant les effets sur mon discret voisin
J'entrepris d'évider le noyau de son fruit
Pour en faire un appeau. Mon dieu qu'il sonnait bien
Ce sifflet impromptu ! Il en faisait du bruit !
Cet objet délaissé sur le bord de la table
Fut aussitôt saisi par ses mains paresseuses
Il souffla dans le trou et un son formidable
Remplit soudain Benoit d’une joie contagieuse.
Le succès imprévu de cette action cocasse
Egaya notre humeur avant notre départ
nous avions par le rire brisé la carapace
De l'être silencieux muré dans ses remparts.
Un mois était passé nous sommes revenus,
Et à peine arrivés Benoit dans la cuisine
S'était manifesté par de cris saugrenus
Pour qu'on vienne le voir dans la pièce voisine.
Sur la table une lauze en guise d'émeri
Un précieux bocal contenant des noyaux
Une aiguille à couture entourée de débris
Et plein de beaux sifflets gardés comme joyaux.