Cela fait 2 071 jours que je le regarde grandir.

Je connais chacune de ses mains. La façon dont elles me cherchent quand son cœur s'emballe. La manière dont elles replient toujours mon bras avant de le faire glisser contre sa joue.

Je connais son rire lorsqu'il me lance vers le plafond, persuadé que je peux voler. Je connais la précision avec laquelle il me rattrape, comme si tomber était une chose qui ne devait jamais m'arriver.

Je connais les jours où les mots disparaissent. Les phrases s'effacent, les regards se baissent... mais mon nom, lui, trouve toujours le chemin jusqu'à ses lèvres.

Je connais les trajets. Avant de quitter la maison, il vérifie que je suis bien dans le sac. Sans moi, il manque quelque chose.

Je connais aussi les machines à laver. Je tourne. Encore. Encore. Derrière la vitre, il ne me quitte presque pas des yeux. Puis viennent les retrouvailles, encore tiède, encore un peu humide. Comme si quelques heures avaient déjà été trop longues.

J'ai appris que les câlins n'étaient pas réservés qu'à lui. Un jour, sa maman pleurait. Alors il m'a tendu vers elle. Sans hésiter. Comme on partage ce que l'on a de plus précieux.
J'ai quelques cicatrices maintenant. Une ou deux coutures racontent que le temps est passé. Mon tissu est un peu moins doux qu'autrefois.

Mais lui connaît encore chacun de mes reliefs du bout des doigts.

Quand le monde est trop lumineux, il me plaque contre son visage. Quand les sons deviennent trop forts, je les étouffe un peu. Quand l'anxiété monte, je deviens ce petit coin de monde qui, lui, ne change jamais.

Je ne suis qu'un doudou.
Juste un morceau de tissu aux coutures fatiguées.

Mais depuis 2 071 jours, je suis le témoin silencieux d'une vie qui s'écrit. Et chaque jour, une nouvelle page se coud à la précédente.


Publié le 02/08/2026 / 4 lectures
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