LA LOI DE MURPHY INVERSEE – PARTIE 5
Notre groupe progressait dans ce dédale tant bien que mal. L’ambiance générale était à la frustration : sûrement beaucoup d’éléments potentiellement d’intérêt partout autour de nous, et si peu de lumière adaptée pour les étudier. Pas pour moi : j’avançais fiévreusement, comme dans un rêve lourd et insensé, de celui qui survient dans la nuit après une soirée raclette dite “sans limite” (les vrai(e)s fans de raclette savent). Cet environnement oppressant, chaud et humide, nous remplissait d’émotions contradictoires. Entre curiosité pathologique et envie furieuse de faire demi-tour pour aller se poser dans l’endroit le plus frais de la base-vie du chantier de fouilles (le bureau climatisé), nous étions en plein dilemme. La limite de l’engagement et de la passion était atteinte pour beaucoup.
Après un temps “ressenti” probablement très surévalué par rapport au nombre de minutes réellement écoulées pour tout le monde à la surface : la claque. Une énorme salle enserrée de milliers de racines, et point de départ de 9 tunnels vers l’inconnu. En voyant cette salle, je reconnu immédiatement un des croquis “insourçables” sur lequel j’avais appuyé ma thèse (note : les néologismes ne m’effraient pas, j’ai toujours été super ouvert sur le sujet). C’était donc vrai. Je n’y avais personnellement jamais cru. Le professeur Fournier vint me rejoindre : “c’est grâce à toi que nous sommes tous là, est-ce que tu as seulement conscience de ta découverte ?”. Je regardai mon vieil ami dans les yeux, il ne plaisantait pas. Mal au crâne soudainement.
Toute la troupe, fatiguée et repue de sensations fortes, fut d’accord pour faire demi-tour. “A chaque jour suffit sa peine” fut l’argument majoritairement évoqué. Mais de mon côté j’étais en ébullition, car je savais désormais détenir des informations que mes compagnons ignoraient. Pour de vrai.
Pour la première fois de mon existence, j’avais un coup d’avance. Mais j’allais maintenant devoir surmonter quelques-unes de mes nombreuses phobies. L’énumération de ces dernières était objectivement inutile. Je retournai à la “salle aux racines” au milieu de la nuit. Ambiance.
Je savais. Je balayais mentalement les illustrations de documents d’études que j’avais réussies à mémoriser. Et une évidence, une fulgurance : “après la salle aux 9 tunnels, interrogez le soleil”. Je me souvenais parfaitement de cette traduction obscure, mais pas au point d’avoir une quelconque réponse. Aucune raison de se lancer sans certitude.
De retour à la surface au petit matin, tout le monde avait disparu.
To be continued