A la troisième éviction, je ne relève même plus la tête. Je suis parti ça y est. L'histoire se raconte toute seule. Mon crayon court sur la tablette, les effacements se raréfient, je suis entré dans ma zone. L'ambiance sonore évolue elle aussi. Les aspirants musiciens sont souvent les premiers à partir. Les chuintements des examinateurs prennent le pas sur les harmonies, et les détonations ponctuent la symphonie absurde qui se joue. Je relève la tête un instant. Un aspirant dessinateur exécute brillamment une hagiographie du Consortium et du Conseil au fusain. Un examinateur scrute dans le ronronnement de l'azote. Un algorithme s'égrène en silence, un bras se lève et en une fraction de seconde, une giclée rouge et grise vient asperger la toile. Un candidat de moins.

C'est tout le problème d'avoir laissé l'IA gouverné à notre place. Bien sûr, tout est optimisé, régulé, filtré, classé, hiérarchisé, normalisé, formaté, exécuté. Mais après l'Effondrement, deux siècles de ce régime ont totalement vidangé l'aléatoire, l'inconscient, le chaotique, le Beau. C'est ce que j'essaie de retranscrire sur mon manuscrit. Je suis aspirant écrivain. Le Consortium organise le concours, une fois par an, dans chaque discipline. Le gagnant de sa catégorie devient alors Maître d'Oeuvre officiel, et réinjecte un peu de cet inexplicable merveilleux qui nous rattache encore aux animaux que nous fûmes, il y a longtemps. Les recalés sont de l'organique inutile, et les ressources sont aussi rares que le talent. Nous sommes surmotivés. Si 700 singes etc...


Publié le 10/06/2026 / 2 lectures
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