« Je suis le fils caché de la Callas. »
« Et moi, je suis Jésus. »
« Montrez-moi vos mains ! »
Il s'exécuta.
« Elles sont où vos cicatrices ? »
« Vous m'avez mal compris. Je m'appelle Jésus. Je suis le plombier, pas le fils de Dieu. Vous m'avez appelé pour un problème de douche. »
« Oui, c'est vrai. Je vous prie de m’excuser, j'ai la tête dans les étoiles. »
Il prit un air désolé.
« Mais c'est qui la Callas ? »
« Une étoile. »
Dans mon rêve, je ne pouvais plus brandir le pommeau comme un micro parce que les tuyaux étaient bouchés. La douche, c’était le meilleur moment de la journée. Il m’arrivait d’en prendre trois ou quatre, rien que le matin, oubliant que l’eau est ruineuse. Je chantais, dans ma salle de bains, comme dans un bar karaoké. J’en oubliais de me laver. La baignoire, quand je n’y toilettais pas mon clébard, se transformait en piscine destinée à dégourdir les nageoires de mes poissons rouges.
Dans la réalité, je n’avais pas d’animaux domestiques. Ils n’aimaient pas la voix de ma mère. Surtout les chiens qui hurlaient à la lune tels des loups. Je l’écoutais souvent, même la nuit.
« Je suis le fils caché de la Callas. »
C'est ce que j'avais répondu au voisin, monsieur Buttin, qui se plaignait de mes errements vocaux. De l'autre côté du mur de ma salle de bains, il y avait sa cuisine, et il lui était doux de petit-déjeuner en paix. Après, il n’avait rien contre la voix de maman, même la nuit. Il était insomniaque, de toute façon. Il ne m’en voulait pas. Il me pardonnait ma mythomanie. Je n’étais évidemment pas le fils caché de la Callas. Lui-même était-il monsieur Buttin ?
Un jour, après qu’il m’avait invité à boire l’apéro, je lui avais appris qu’elle était stérile. Je racontais n’importe quoi pour me rendre intéressant. Et là, il m’a épaté.
« Elle n’était pas stérile, juste dépressive. Sa voix a commencé à décliner très jeune. Elle avait l’âge de Jésus. »
« Jésus… mon plombier ? »
« Non, le fils de Dieu. »
« Sa voix s’est lézardée à la suite d’un régime amaigrissant qui a fait de son corps celui d’une déesse. »
« D’une diva. »
« Oui. »
Nous sommes devenus amis.
Il m’a avoué qu’il collait l’oreille au mur pour se shooter aux décibels de ma jolie maman.
« Si vous m’entendez ronfler, appelez-moi ! Tenez ! Voici mon numéro de téléphone ! Et laissez sonner longtemps ! Ne vous gênez pas ! »
« Mais… Vous m’avez dit être insomniaque. »
« Jamais les nuits de pleine lune. Et là, c’est votre chien qui me réveille. »
« Je n’ai pas de chien. »
Je faisais souvent des rêves à tiroirs. Certains s’imbriquaient à la manière des matriochkas, les fameuses poupées russes.
Je m’y inventais une parenté avec la diva, ainsi qu’un voisinage tolérant.
Tout à basculé le jour où j’ai eu un réel problème de douche. J’ai appelé le plombier en urgence. Il s’est pointé à la maison en moins d’un quart d’heure. Je n’ai pas osé lui demander s’il s’appelait Jésus.
J’ai éteint la radio.
« Non, non, vous pouvez laisser le poste allumé. »
Je lui ai fait une blague, j’ai changé de station. Je me suis branché sur France Musique. La Callas y chantait le grand air de Tosca.
« J’adore l’Opéra. »
Les bras m’en sont tombés. Il a réparé la douche piano, pianissimo, jouant la montre pour pouvoir écouter un peu plus de bonne et grande musique. Il ne m’a pas fait payer le dépassement d’heure.
« Revenez quand vous voulez ! »
« Mon carnet de rendez-vous est plein. »
« Quand je vais dire ça à maman… »
Il a froncé les sourcils.
*
« Je ne vous ai pas entendu sous la douche, ce matin. Mais, rassurez-vous, je ne me suis pas inquiété. C’est juste que je souffre de manque. »
Il éclata de rire.
« Déjà ? »
« Oui. J’ai besoin de ma dose quotidienne. »
« Vous voulez que je vous chante quelque chose, ici et maintenant ? »
Monsieur Buttin, mon unique voisin, avait sonné à ma porte, très tôt, sans me faire sursauter. Il me savait matinal – j’en avais autant à son service.
« Sans le filtre du mur ? Non, pas vraiment. »
J’ai souri avant de laisser mon visage s’assombrir.
« Cette satanée douche est à sec. Je crois que les tuyaux sont bouchés. Probablement des souris. Il y en a de plus en plus, dans le quartier, depuis que feue madame Pinatel a cessé de financer la stérilisation des chattes. La SPA a promis de faire le nécessaire. Mais ils nous ont envoyés des chasseurs armés de filets à papillon. Les coups d’épée ne font pas saigner la mer. J’ai un ami qui croit aux rêves prémonitoires… S’il savait que j’ai vécu la même scène en dormant. Nu sous une douche qui ne coule pas. On s’y sent aussi ridicule et con que lorsqu’une voiture roule dans le caniveau, un jour de pluie, alors que vous attendez le bus. »
Il dodelina de la tête.
« Madame Pinatel est décédée ? Je l’ignorais. »
« Oui. Elle m’a fait don de ses vieux disques. Mais je ne peux pas les écouter. Je n’ai pas le matos. Pas encore. »
« Elle ne vous a pas laissé sa chaîne Hifi ? »
« Elle l’a donnée à son petit-fils, avant de partir. Il l’a vendue à l’occasion d’un vide-greniers. Il avait certainement des fins de mois difficiles. »
« A propos, j’ai rencontré quelqu’un qui collectionne les biographies de la Callas. Ça pourrait vous intéresser… »
« Je les ai toutes lues. »
« Vous êtes une groupie. Je parie que vous avez tous ses enregistrements… »
« Uniquement les live. »
« Je suis bien placé pour le savoir, oui. Ça fait chanter les micros clandestins. Il faut capturer les notes entre chaque craquement. J’ai de la chance d’être votre voisin. »
« Vous êtes bien aimable. Mais puisque ce n’est pas ma voix qui vous rend addict… »
« Vous en demandez trop. Vous avez appelé un plombier ? »
« Bien sûr. Il doit venir dans l’après-midi. J’espère que ce sera après ma sieste. »
« Je vous appelle, ce soir, pour avoir des nouvelles de votre douche, d’accord ? »
« Pas de problème. »
J’avoue que, par certains côtés, monsieur Buttin me mettait mal à l’aise. Je me rappelle, lorsqu’il avait emménagé, il était venu se présenter en short et torse nu.
A l’heure de l’apéro, j’ai reçu la visite de Raoul, mon ami d’enfance. J’avais sorti la bouteille de pastis pour moi tout seul. Il y eut bientôt un second verre à côté du mien, déjà plein. Il est entré en simulant une bousculade – c’était un ancien joueur de rugby – et s’est assis sur mon canapé. Il l’a fait couiner.
« Tu as encore grossi ! »
« J’ai soif ! »
« Pastis ? »
« Volontiers. »
J’aurais été bien attrapé s’il avait dit : « Non ! Martini. Rouge. Avec un seul glaçon. Et des chips. »
« Que me vaut le plaisir de cette visite inopinée ? »
« Ce matin, j’ai découvert un live de la Callas dans un grenier, au milieu d’autres 78 tours, la plupart de Caruso. »
« Tu fais les greniers, toi, maintenant ? »
« Non, non. J’ai aidé mon neveu, qui est brocanteur, à déménager les vieux meubles d’un client. Tu connais ma force de taureau, bien que je sois né sous le signe du bélier. Les disques étaient entassés comme des tours et, appuyé contre la plus haute, un coffret empoussiéré. Quand j’ai vu les six lettres magiques, j’ai tout de suite pensé à toi. »
« C’est quel opéra ? »
« J’ai oublié le titre. Je sais juste que c’est de Bellini. »
« La Sonnambula ? »
« Non. »
« Norma ? »
« Non plus. »
« I Puritani ? »
« Oui, voilà. »
« Intéressant. »
« Tu veux que je te présente mon neveu ? »
« Pour négocier le prix ? »
« Si ça se trouve, tu l’as. »
« Je ne te le fais pas dire. »
Je l’ai entraîné dans le cagibi où je rangeais mes vieilles cires.
« Merde ! C’est celui-là ! J’ai fait du zèle pour des prunes. »
« Cette version a fait beaucoup de bruit, à l’époque. Prise sur le vif à Mexico. Les interprètes étaient tous au sommet de leur art. Pas grave. Le geste est appréciable. »
Il y eut un silence. Raoul, du rose aux joues, bougonna. J’ai feint de chercher un oiseau dont le nom s’était mis en orbite autour de son crâne chauve. Son verbe avait parfois des relents de volière.
« Allez, viens ! On va se boire une seconde rasade. Il ne faut pas rester sur un échec. »
Et j’ai ajouté : « Déjà que la douche m’a trahi, ce matin. J’en ai marre d’anticiper la réalité en songe ! »
La colère a remplacé la déception sur son visage. De rose, celui-ci a viré au rouge sang.
« Tu ne vas pas recommencer avec cette histoire de rêves prémonitoires ! Tu vas finir par croire aux fantômes. »
« J’ai ce don, oui. Depuis l’enfance. J’ai beau être au courant de l’avenir immédiat, je suis incapable de le changer à mon avantage. Par exemple : quand je rêve, un jour de pluie, qu’une voiture va m’arroser en roulant dans le caniveau, je me refuse à prendre un taxi. Quand il en passe un, je lutte pour ne pas lui faire signe. »
« Et là, c’est ta douche qui t’a conseillé, messagère de la nuit, de prendre plutôt un bain. Tu aurais, de toute façon, remarqué qu’elle était bouchée. Tu ne pouvais pas agir sur les tuyaux… »
« Toi, tu ne crois en rien. Même pas en ta bonne étoile. »
J’ai attendu qu’il redescende de ses tours et j’ai lancé :
« Dis donc ! A propos… Ton neveu brocanteur, quand tu veux, tu me le présentes ! Je ne le connais pas, celui-là. Tu le caches ? Pourquoi ? Il sent la poussière ? Ça t’en fait six. Et aucune nièce. Quel gros misogyne ! »
Il a avalé son pastis cul sec, s’est étouffé, frôlant la fausse route, et nous somme passés à autre chose.
« J’ai revu Miranda. Dans la rue, par hasard, toujours perchée sur des talons aiguilles. Les années lui ont marché dessus, et l’ont compostée. »
« C’est élégant. »
Le troisième verre nous a permis de la revoir lorsqu’elle avait vingt ans.
« Je parie que tu as souvent rêvé que tu l’épousais… »
Cette nuit-là, une voix m’a parlé. Peut-être celle de la nuit, justement. Une voix rauque, très peu féminine. Et pourtant…
« Pourquoi n’as-tu pas demandé à ton ami de rester ? Tu aurais pu vérifier, en sa présence, si le plombier se prénommait bien Jésus. A la suite de cette preuve, il n’aurait pas osé t’accuser de mentir. »
« Tu te trompes, la voix. Il se serait mis en tête que c’était mon plombier attitré. Quant à le garder ici, inutile. Il avait probablement d’autres chats à fouetter. Si mon sauveur s‘appelle Jésus, je le lui dirai et il me croira. Il a intérêt à me croire. L’amitié ne tient qu’à un fil, au-dessus du vide. Et si tu me disais qui tu es… »
« Ce n’est pas la première fois que je te parle en songe. Mais tu ne te souviens jamais de mes interventions. Je suis la voix du futur. Il m’arrive d’alerter certains dormeurs. Je ne les tire pas à la courte paille, non. Ce sont eux qui, inconsciemment, m’appellent. Mais la plupart restent sourds lorsque je leur réponds. Ce paradoxe est troublant. Ils ont sans doute peur de l’inconnu. Mais là, avec toi, c’est différent. »
« Tu m’as choisi ? »
« Oui. J’ai été profondément touchée par ta passion pour la plus grande des divas. C’est moi qui ai annoncé à la Callas – en rêve, évidemment – qu’elle allait mourir d’un arrêt cardiaque causé par sa maladie dégénérative. Qu’elle laisserait un grand vide, onze ans plus tard. Que ses enregistrements, sur le vif ou en studio, deviendraient cultes. Mais qu’il y aurait d’innombrables fans pour fleurir sa mémoire. »
« Tu l’as contactée quand ? »
« Elle tournait Médée, le film de Pasolini. »
« Paradoxalement sans une seule note chantée. »
« En effet. »
« Je l’ai vu plusieurs fois. Ce n’était pas qu’une cantatrice à la voix d’or, c’était aussi une grande tragédienne. »
« Je sais. »
« Elle a bien fait de suivre un régime… »
Je me suis réveillé d’un bond. J’ai allumé la lampe de chevet. Une femme se tenait là, au pied du lit. Plutôt une ombre, une ombre debout dont les gestes empreints de noblesse semblaient nourrir des oiseaux miraculeux. Il m’était impossible d’apercevoir ses traits, mais il était clair que je connaissais ce profil de médaille, cette élégance naturelle, cette ineffable présence.
J’ai eu envie d’applaudir.
Une larme a coulé sur chacune de mes joues et je suis retourné m’abreuver à la source du sommeil.
Au réveil, j’ai douté de ma raison. Pas question d’en toucher deux mots à Raoul.
La nuit suivante m’a tourneboulé d’une autre façon. J’avais dû mentir à Raoul à propos du plombier qui se prénommait Jésus.
« Tu avais raison, vieux. Le plombier s’appelait Raymond. Et ce ne sont pas des souris qui ont obturé la tuyauterie… »
« Et c’était quoi ? »
« De la boue séchée. »
« Madame Pinatel va être contente, là-haut. »
J’avais rêvé que le neveu caché de Raoul se présentait, un matin, comme le fils caché de la Callas.
« Raoul n’est pas mon oncle, c’est juste le grand-père d’un ami. On l’utilise lorsque nous avons besoin de sa force. Vous ne le saviez peut-être pas, mais votre ami d‘enfance est mythomane. Je suis sûr qu’il vous a invité à un repas avec ses cinq neveux. »
« Non, jamais. »
« Preuve qu’il est mytho puisqu’il m’a dit que vous aviez beaucoup bu, lors de ce repas. Vous vous êtes plaint que ça manquait de filles… Vous lui avez même reproché de n’avoir aucune nièce. Les cinq, c’étaient des acteurs. Il n’a ni frère ni sœur. Il vous mène en bateau depuis le début. Il aurait dû être écrivain. »
« C’est pourtant vrai, ça. Je ne l’ai jamais vu en famille. Il est donc fils unique. Ça ne m’étonne pas. Il et parfois capricieux. Et vous, vous êtes l’autre fils caché de la Callas. Elle a eu deux enfants, alors… Et elle a réussi à nous soustraire à la curiosité malsaine des médias ? »
« Ce qui est sûr, c’est que nous ne sommes pas jumeaux. »
« Pourquoi dites-vous ça ? Parce que nous ne nous ressemblons pas ? »
« Non, non. Parce que je sais chanter, moi. Et je n’ai pas besoin de prendre une douche pour me désinhiber. »
« Il ne peut en rester qu’un. Je propose un duel, si vous avez le courage de m’affronter. »
« Un duel… Quelle excellente idée ! A l’aube… sur le pré… »
« C’est très romantique… Mais non, pas forcément. »
« Où, alors ? Sous la douche, afin d’équilibrer les forces en présence ? »
« Vous êtes un marrant, vous. »
La rosée nous shampouinait. Se mettre sur la gueule nous tiendrait chaud, et le vent jouerait le rôle du séchoir, mais non. Les gants de boxe lézarderaient nos façades. Le visage cabossé, on vieillit plus vite. L’épée risquait de dessiner des cicatrices aussi moches qu’un tatouage raté, et le pistolet de changer notre corps en passoire. En rêve, les balles nous traversent et vont se ficher dans les troncs d’arbres, témoins de pas mal de duels. Les forêts paraissent si vivantes, en songe.
Nous avons choisi de nous mesurer en poussant un contre-ut. L’auteur du plus réussi vaincrait. On ne badine pas avec la justesse.
« Avec ou sans diminuendo, le contre-ut ? »
« Pas de zèle, je vous prie. »
« Et comment saurons-nous lequel est le plus réussi ? »
« Les oiseaux, les gentils oiseaux seront nos arbitres. Mais s’ils s’envolent… »
« Et on chante quoi ? »
« Je suis l’offensé, je choisis l’aria. »
« C’est comme vous voulez… »
Le silence de la nature devint solennel.
« La cavatine de Faust, l’opéra de Gounod, vous l’avez en mémoire ? Salut, demeure chaste et pure… où se devine la présence… »
« En mémoire et dans mes cordes. »
« Ça m’étonnerait. »
J’ai haussé les épaules à m’en luxer les clavicules.
« Et s’il y a match nul ? »
« Ne rêvez pas ! »
« Amusant. »
Perchés, moult oiseaux observaient nos divagations. Ils semblaient immobiles, broderies sur des draps blancs.
« Je ne les ai pas entendus arriver ! »
« Vous allez les entendre partir ! »
J’ai rouvert brutalement les yeux après les avoir vus qui gisaient entre les racines affleurant, déquillés, comme foudroyés par le dieu des canards. Et j’ignorais qui était le responsable de ce carnage.
J’avais mal au niveau du diaphragme. Comme si je venais de chanter un long monologue de Wagner. Je me suis précipité sous la douche. J’étais aphone.
Demain, à la première heure, j’appellerais Raoul. Des choses à mettre au clair.
Je suis retourné me coucher, tout ruisselant de l’eau de la douche. Et j’ai replongé.
– EPILOGUE –
Quelqu’un a sonné. Moi qui voulais faire la grasse matinée…
J’ai enfilé un short et je suis allé ouvrir.
Une jeune femme, toute étonnée de me découvrir torse nu, et qui a rougi de honte.
« Je vous dérange… Vous dormiez, peut-être. Il est pourtant plus de midi… »
« Je n’ai pas le plaisir de vous connaître. Mais vous me rappelez quelqu’un. »
« Cette personne est jolie, j’espère. »
« Non. Pas vraiment. »
« Merci. »
« Non, non. Ce n’est pas ce que je voulais dire. C’est un homme. »
« Vous ramez bien. Je me présente, je suis la petite amie du neveu de Raoul. »
« Lequel ? »
« Mon amoureux ne m’a pas dit qu’il avait des frères. Bref, ce n’est pas tout. Je suis aussi la fille cachée de monsieur Aristote Onassis, l’amant de la Callas. »
« Bien sûr, et moi, je suis le fils caché de la Tebaldi. La fille cachée d’Onassis aurait mon âge. Et vous seriez ma demi-sœur, car je suis le fils caché de la Callas. »
« C’est dommage. »
« Quoi donc ? »
« Que nous soyons parents. Vous m’auriez bien plu comme amoureux. »
« A mon âge ? »
« Je vous vois avec les yeux de l’amour. »
Quelqu’un d’autre a sonné. Trois fois. Le silence a repris possession des lieux. J’ai eu la flemme de me lever. C’était le facteur. C’est la fringale qui m’a arraché aux draps encore humides. J’avais trouvé le courrier par terre. Il y avait une convocation de maître Jolivet, notaire.
J’ai bâillé en repensant à la fille cachée d’Onassis.
Puis j’ai éclaté de rire, épaté par l’imagination du maître des songes. J’ai très vite déchanté. Un vieil oncle venait de décéder et j’en héritais. J’avais oublié jusqu’à son existence. Il était centenaire et, autrefois, voyageait beaucoup. Je l’avais oublié, celui-là.
La routine reprenait ses droits.
Il me léguait sa collection complète de 78 tours de Caruso.