LE ROYAUME DECHU
Perché sur un haut promontoire rocheux, un château surplombe la vallée.
Tout n’est qu’abondance, dorures, étoffes délicates et matières précieuses
Le roi, personnage tout-puissant, tortionnaire, mégalomane et belliqueux,
a tous les pouvoirs sur sa cour soumise et ses courtisanes nombreuses
Les festins s’enchainaient, servis par des esclaves capturés en Orient,
les meilleurs produits culinaires affluaient sur la grande table du roi,
des troubadours supposés distraire la cour, souvent chassés comme des chiens.
Le royaume prospérait dans le luxe, l’opulence et des draps délicats en soie.
Aucune faute n’était admise, sans aucun jugement, l’accusé était jeté au cachot.
Les trésors de guerre étaient nombreux : de l’or, de l’argent, des diamants :
les conquêtes des contrées alentours ou étrangères assuraient la sérénité du château.
Prospérité, sécurité, orgies, argent, pouvoir : privilèges tous acquis dans le sang.
Au pied de la grande falaise royale, tout au fond de la vallée,
“Les gens d’en bas” subsistaient dans la crasse, la boue et la maladie.
La misère, les rats, et la famine étaient au quotidien leur réalité.
Ils se nourrissaient de racines, de chats, et de fruits ou légumes pourris.
Ils logeaient dans des cabanes édifiées avec des déchets et des rochers.
Les altercations et les meurtres étaient réguliers, pour un simple bout de pain :
la déchéance d’un peuple en souffrance, pieds nus, fétide et sans unité.
Un bouillon de miséricorde, sans loi ni compassion, abattu par la peste et la faim.
Un jour un voyageur étranger se présenta dans le taudis et constata cette perdition.
Il arriva, non sans mal, à convaincre cette foule de s’unir pour se rebeller :
les miséreux réunirent fourches, bâtons, armes de fortune, prêts pour la révolution.
Le temps n’était plus à la soumission : le pouvoir devait être renversé.
L’ensemble des “gens d’en bas” montèrent au château, avec détermination.
Le combat fut sanglant, les gardes étaient bien armés, mais furent débordés :
les gueux étaient nombreux, et bientôt ils pénétrèrent dans la bâtisse sans opposition.
Ils volèrent tout ce qu’ils purent, puis s’emparèrent de torches pour mettre le feu.
Le lendemain, le château n’étaient plus qu’un tas de gravats noir fumants :
le roi s’était échappé à cheval avant d’être lynché par la foule en colère.
La révolution avait eu lieu, malgré beaucoup de morts à déplorer et de sang
Un royaume déchu, mais aussi une société nouvelle, unifiée, et fière.