J'ai cru que c'était un désert. Du sable à perte de vue. Mais j'ai aperçu le détail qui a tout changé.
C'est une plage. Une plage de sable, car il y a ce galet. Un seul, oui. Je le ramasse, le caresse. Aucun génie n'en émerge. Dommage. Il est doux, chaud, magnifique, gris veiné de blanc. J'ai envie de croquer dedans, comme dans une pomme, mais j'ai peur de...
Je suis trop jeune pour semer des dents. Je pense à mon copain Raoul, Raoul Buttin. Lui, chaque fois qu'il perd une ratoune, il l'enterre dans le jardin. Les souris font la gueule. L'autre jour, il s'est vanté d'avoir une dionée comme chien de garde. Le potager de son père n'avait-il pas besoin d'être préservé d'une invasion ?
Le songe me récupère toujours lorsque je digresse. Les songes détestent le monde réel. Je me dis que, dans la réalité, j'aurais été étonné de découvrir un galet seul sur une plage de sable. Mais ce n'est ni le lieu ni le moment. Je me sens bien, là où je suis, naufragé de la lune. Il fait jour, mais lorsque je regarde le ciel, ce n'est pas le soleil qui me tient chaud et m'illumine. Et je n'ai pas été aveuglé en l'admirant.
Ma trouvaille me fait délirer.
Les sirènes organisent-elles des concours de ricochets sur le sable ? Je lance le galet solitaire, à la manière d'une grenade, sur un crabe qui croyait que je ne l'avais point vu. Il y a une explosion.
Qui, méchamment, me réveille.
Le crustacé aux pinces menaçantes, victime de la déflagration, s'est-il retourné, ses pattes pédalant dans le vide telle une tortue ? Je savais que je dormais, mais je n'étais nullement pressé de revenir dans le vrai monde. Et puis, je voulais vérifier si c'est le galet qui avait éclaté, ou la mine sur laquelle il était tombé.
« Tu as crié. Tu as encore fait un mauvais rêve, n'est-ce pas ? »
Ma mère, alertée, était venue me réconforter. Elle avait l'habitude depuis le décès de papa, emporté par un cancer. Elle ne s'endormait que lorsqu'elle m'avait vu me blottissant dans les bras de Morphée. Maman n'était pas jalouse. Moi non plus. Elle avait refait sa vie. Pas mes oignons. Je n'étais qu'un enfant, et seuls les adultes jugent autrui.
« Comment ça, seuls les adultes jugent autrui ? Mais elle a remplacé ton père comme si elle achetait un autre bibelot, à l'occasion d'un vide-greniers, pour ne pas laisser la place vide sur le rebord de la cheminée. Ne te laisse pas guider par les sentiments, petit maître Franck ! Je ne suis pas humain, mais la moindre des choses, c'était d'attendre la fin du deuil. »
« Tu n'es pas humain, c'est vrai. Tu n'es rien du tout, alors contente-toi de me tenir compagnie quand je m'ennuie ! »
« Je hais les enfant ! »
« Je ne te demande pas de m'aimer. »
Je me rappelle, je l'avais créé laid pour que personne ne me le vole. J'ignorais qu'un compagnon imaginaire fût invisible aux yeux des autres. Si mon père avait été là, il m'aurait expliqué comment fonctionne un petit garçon. J'avais tellement envie d'entrer dans le moule, d'être apprécié.
Mon compagnon imaginaire devenait envahissant. Une pieuvre avec une tête de T-Rex. Je lui pinçais les tentacules ou le faisais rire pour pouvoir recompter ses dents. J'en faisais régulièrement l'inventaire, mesurant même leur longueur, au fil des mois. J’allais bientôt devoir m’en séparer. Il les érodait à force de grignoter des os de poulet. Maman les cherchait partout. Je lui faisais croire que je les avais donnés au chien de mon copain Raoul.
Fripon se prenait pour un ange gardien, il était surtout de mauvais conseil.
« Pour les conseils, Fripon, je m'adresse à la nuit, d'accord ? »
« Et elle te répond avec des cauchemars. Tu es maso, petit maître. »
« La preuve, je te garde. »
Il lui arrivait de me parler en présence de ma mère. Elle ne le voyait pas, ni ne l'entendait, raison de plus pour faire attention aux mots qui sortaient de ma bouche.
« J'ai encore rêvé d'une explosion, maman. Mais, cette fois, ce n'est pas moi qui ai mis le pied où il ne fallait pas. C'est Vincent, il m'a encore raconté une histoire de guerre. »
Vincent, c'était le nouveau mec de maman.
J'allais probablement devenir le beau-fils d'un homme dont le papa abreuvait d'histoires de guerre, le soir, au coucher. Je l'entendais qui racontait à maman comment il s'était sorti de nuits hantées par des ombres. Avec elle, son discours était moins romancé. Avec moi, il parlait comme un livre. Son talent de conteur était indéniable. Je n'écoutais pas aux portes, non. Il avait une voix de stentor qui, lorsqu'il haussait le ton, histoire de commenter un haut fait d'armes, portait loin, faisant trembler les murs. Au début, j'ai cru qu'il était marseillais, mais non, il n'avait pas l'accent. Je ne comprenais pas... maman était si douce. Le contraste était saisissant... avec papa. Je n'étais, hélas, qu'un enfant, et les voies des adultes sont impénétrables.
« Dès que mon père avait le dos tourné, je rouvrais les yeux et sortais, de dessous le lit, une BD que ma mère achetait en cachette. Je ne savais pas lire, je me contentais des images, fermement décidé à en sonder les bulles, plus tard, quand j'aurais appris à traduire ces hiéroglyphes. Je me suis fait toute une collection d'albums que je rangeais dans l'armoire, derrière les piles de pulls. Papa ne viendrait pas mettre le nez dans mes affaires et maman était ma complice. Il régnait une ambiance de conspiration que j'appréciais fortement. Au cours de la nuit, il m'arrivait de poursuivre Milou, le chien de Tintin, sur une plage de sable aussi grande qu'un océan, et de le voir sauter sur une mine. Je croyais entendre le bruit du ressac, une fois réveillé, mais non, c'étaient mes oreilles qui sifflaient à cause de l'explosion. A l'époque, j'ignorais que ça s'appelait des acouphènes. Heureusement, ils s'envolaient en essaim pour revenir, le lendemain, à l'aube, butiner mon cerveau. »
Vincent se délestait du poids de son enfance, et mon esprit saignait de tant de combats. De mon côté, je vidangeais ma mémoire grâce à Fripon, cible idéale de ma frustration – on eût pu s'imaginer que je l'avais créé tout exprès. Je souffrais d'une absence, et cette insatiable douleur me transformait en puzzle. A tout moment, je risquais de m'éparpiller. Et cette sensation a refusé de s'estomper avec l'âge. Mon copain Raoul m'avait pourtant dit qu'une femme... Il s'était méchamment trompé.
Et puis, un jour, Vincent avait eu une idée. Maman avait longtemps hésité avant d'accepter... sans me demander mon avis. Il lui avait proposé de partir quelques jours en Normandie, à deux pas des plages où les Alliés avaient débarqué. Son père habitait dans le coin, autrefois. Un petit village peuplé de femmes actives et de résistants où il avait grandi avant de rejoindre la capitale, après la guerre, pour y travailler. Il était inspecteur du cadastre. Il n'avait pas été le dernier à faire sauter des ponts pour couper la retraite aux boches.
« Tu verras, le clocher est moins connu que celui de Sainte-Mère-Eglise, mais il y a encore des impacts de balles sur les murs de la mairie. Certains tirs de mitrailleuses y ont ouvert de profondes lézardes. On croit que les petites maisons vont se fracturer comme des noix qu'on cogne avec une pierre, mais non, c'est juste des cicatrices qu'on est fier de montrer. »
Je n'avais pas eu l'impression que maman avait beaucoup lutté. En peu temps, elle avait rendu les armes, et je m'étais dit qu'elle n'avait point une âme de résistant. Même physiquement, Vincent était l'opposé de papa. Il était blond aux yeux bleus et je lui soupçonnais des origines teutonnes. Paradoxal. Fripon m'a aidé moralement, je dois l'avouer. Il m'avait immédiatement donné raison : ce type abusait.
« Si je peux me permettre, petit maître. Ta mère est faible avec cet homme. Ça me fait quelque chose. A cause de lui, nous n'irons pas en Lozère, cet été. Je m'amuse bien, là-bas, avec les épouvantails dans les champs. Je leur parle et ils me répondent. Ils regrettent que tu ne comprennes pas leur langage. »
« Tu crois que c'est le moment de me parler de tes amis marionnettes ? »
« Tu sais, je peux leur demander de nous rejoindre en Normandie. J'ai juste besoin de ton accord. »
J'avais haussé les épaules.
« Si c'est oui, je n'ai qu'un signe à faire et ils débarquent. Cerise sur le gâteau, les oiseaux vont être contents, ils vont pouvoir picorer les champs sans la menace d'être plumés. »
« Un signe à faire ? Un appel dans le ciel ? Comme pour appeler Batman ? »
« Non, non. Ils sont télépathes, comme moi. Pourquoi crois-tu qu'ils ne s'ennuient pas, plantés comme des totems dans la terre fertile ? Parce qu'ils communiquent entre eux. Ils se racontent des histoires, oui, monsieur. Ça aide à faire passer le temps. Comme les vaches regardent passer le train. »
« Tu veux m'aider alors que tu prétends détester les enfants ? »
« Toi, c'est pas pareil. J'existe grâce à toi, et je ne suis pas un ingrat. »
« Et tu ne m'en veux pas de t'avoir créé moche et repoussant ? »
« Puisqu'il n'y a que toi qui me vois... Tu dois être maso, petit maître. Mais c'est bien de ne pas juger sur la mine. Regarde Vincent, il est plus beau que ton père... et je ne le sens pas. On dirait qu'il se sert de ta mère. J'aimerais tant savoir pourquoi. »
« Et moi donc ! »
Il y eut un silence que je mis à profit pour formuler mentalement une jolie phrase. Je devins un sculpteur de mots à partir d'une pensée de glaise.
« Surtout que c'est la dernière année où j'aurai besoin de toi. J'entre à l'école primaire et tu ne pourras pas me suivre. Les autres ne te verront pas, certes, mais je ne pourrai plus te parler, j'aurai la tête ailleurs. Je veux réussir ma vie pour ne pas avoir à redouter la maladie. »
« La maladie ne choisit pas son camp. »
« Si, si. Les fils de pauvres vieillissent plus vite que les fils de riches. »
« La vieillesse n'est pas une maladie, petit maître. »
« Il faut toujours que tu me contredises. J'aurais dû te créer muet. »
« Les compagnons imaginaires n'ont pas de langue. Et moi, j'ai trop de dents pour parler. Je risque de me la mordre. »
« Au moins, tu n’as pas à la tourner sept fois pour dire quelque chose de censé. Nous, les humains, perdons trop de temps à chercher nos mots. »
Ce soir-là, Vincent s'était abstenu de me rejoindre dans ma chambre, à la tombée de la nuit. J'ignore pourquoi je me suis inquiété. La routine crée le stress lorsqu'elle déroge à la règle. Je me suis dit qu'il était fâché, qu'il avait surpris ma conversation avec Fripon. Etait-il capable de lire dans les pensées ? J'avais envie d'entendre parler d'un nid de mitrailleuses où la mort couvait la haine. La guerre, la plus indigeste des omelettes. Mon copain Raoul ne comprenait pas mon attirance pour la baston.
« Moi, pourvu que ça m'endort sans que je pense au lendemain. »
« Tu parles comme un vieux. »
« C'est ma manie d'écouter aux portes. Je fais du mimétisme. »
« Tes parents ne sont pas vieux. Et puis, tu m'avais assuré que... »
« Que je n'écoutais jamais aux portes ? »
« Oui. »
« Ce soir-là, pourtant, je me suis demandé ce que faisait Vincent de plus important que de me raconter une histoire de baston, comme tu dis. »
« Et alors ? »
« Je me suis fait enguirlander par ma mère. Je m'étais endormi, adossé à la porte de leur chambre. Elle m'avait entendu ronfler. »
Raoul éclata de rire.
« A ton âge, tu ronfles déjà ? Ça promet pour quand tu seras marié. Et tu n'as pas entendu ce qu'il disait à ta mère ? »
« Je crois qu'il évoquait le prix d'un gîte. Elle disait que c'était un peu cher, il lui a rétorqué que c'est lui qui prenait tous les frais à sa charge. »
« Et tu as été privé de dessert parce que la curiosité est un vilain défaut... »
« Non. Vincent est un très bon avocat. »
« N'importe quoi ! Il achète le fils pour que la mère s'occupe du service après-vente. »
J'avais simulé une droite à la pointe de son menton. Il avait failli se faire une entorse en esquivant mon courant d'air. Je l'ai retenu avant qu'il ne tombe dans le caniveau où nous jouions aux billes.
« Tu ne sais donc pas quand vous partez et pour combien de temps... »
« Je préfère ne pas insister. J'ai dit que, l'autre soir, je m'étais étonné que Vincent... »
« Tu n'as pas totalement menti. C'est pour ça que tu n'as pas été puni. A propos, qu'est-ce qu'il fait comme métier, Vincent ? Avocat ? »
« Non. Notaire. »
« Il n'a vraiment pas l'air d'un notaire. »
« Oui, c'est vrai. »
« C'est en sollicitant ses services que ta mère l'a rencontré ? »
« Je ne sais pas. Probablement. Pour l'héritage de papa. Le nôtre était décédé un an plus tôt. Il a fait d’une pierre deux coups. »
« En fait, quand ton futur beau-père te prive de ton histoire de baston quotidienne, tu écoutes aux portes. Et tu ne l'avoues pas parce que tu as honte de t'immiscer dans leur vie privée. Tu ne peux pas t’en empêcher. C’est surtout parce que ce mec t’intrigue. Je suis sûr que tu ne dois pas entendre que des mots échangés. Mais t'inquiète ! Les enfants qui ne mentent jamais ne sont pas encore nés ! »
La maturité dont faisait preuve Raoul m'impressionnait – il arrivait pourtant que j'en fusse agacé. Je voulais un copain, pas un père de substitution. Ni même un grand frère.
Un matin, alors que ma mère avait dormi seule, je l'avais titillée afin que me soit conté à quelle occasion elle avait rencontré Vincent. J'étais en droit de savoir, oui.
« J'attendais que tu me poses la question. J'ai connu Vincent avant ton père. Puis nous nous sommes perdus de vue. C'est le hasard qui nous a remis en présence. Il est né à Paris. Il est notaire. Il a ouvert son cabinet près de chez nous parce qu'une place était libre. Il a récupéré les clients de son prédécesseur décédé. Je crois bien qu'il n'aime pas les grandes villes. Il les trouve grises même quand il fait soleil. Sa propre mère était une actrice qui vivait à Montmartre. Elle a abandonné le métier après avoir fait la connaissance de celui qui allait devenir son époux, et le papa de Vincent. C'est lui qui lui racontait ces affreuses histoires de guerre qui continuent de le hanter. »
J'ai failli lui dire : « Et tu es bien placée pour... »
J'ai tourné sept fois ma langue dans ma bouche en pensant à Fripon.
« Mais toi, tu faisais quoi à Paris ? »
« Mes études. J'ai suivi ton père lorsqu'il a déménagé en province. Il se sentait à l'étroit malgré l'espace. Il craignait de devenir agoraphobe. »
« Et puis, un jour, Vincent s'est pointé et t'a consolée... »
Le regard de maman s'est assombri. La pluie menaçait. Elle s'est mise à pleurer et je ne n'ai pas insisté, maudissant Raoul de m'avoir motivé à entrer dans sa vie privée sans passer par la case « espionnage ».
« Je te demande pardon, maman. »
Elle a reniflé si fort que j'ai souri et tout est rentré dans l'ordre. Nous avons parlé de nos vacances d'été en Normandie.
« Vincent a déniché un gîte à un prix raisonnable tout près du village où son papa a vécu avant d'être muté dans la capitale. Il a été bâti à deux pas des plages du débarquement. Le caprice d'un architecte dont le père a été tué en déminant les plages, en 1945. »
« Il s'en passe des choses dans la capitale. »
« Tu aimerais y vivre ? »
Je me suis douté à quoi elle faisait allusion.
« Non, c'est pollué et il y a plein de rats. Tu sais bien que je préfère les souris. »
Elle a ri et cela m'a mis de bonne humeur pour toute la journée. Dix minutes plus tôt, j'avais redouté le pire. Les croissants étaient bons. D'habitude, c'est Vincent qui va les chercher. Il est bien gentil, mais la vie est plus agréable lorsque maman n'a d'yeux que pour moi.
*
Il pleuvait lorsque nous nous sommes garés à une cinquantaine de mètres du gîte. Au-delà, la voiture risquait de s'enliser. La maison était plantée là comme un énorme rocher sculpté par les tempêtes. Il y avait du sable jusqu'à deux pas de la porte d'entrée. Un petit chemin pénétrait au cœur d'un bouquet d'arbres dont les silhouettes évoquaient des épouvantails. La sensation d'avoir accosté, naufragé de l'enfance, sur une île peuplée de marionnettes. J'ai tout de suite pensé à Fripon qui a reçu cinq sur cinq mon appel muet.
« Ils sont déjà là ou je rêve ? »
« Ni l'un ni l'autre, petit maître. »
« Tu as vu cette plage ? Ça fait penser à un désert de sable. »
« M'étonnerait qu'un galet bien rond vienne troubler le paysage. »
« Pourquoi pas une météorite ? Certaines sont plus petites que nos billes. »
Maman a remarqué que mon esprit voyageait sur une autre planète. Vincent fit coucou à un homme qui semblait nous attendre sur le pas de la porte. J'ai été étonné de tant de familiarité. Il nous attendait, en effet. Le propriétaire du gîte. Il nous serra la main dans un grand sourire – la mienne se perdit entre ses gros doigts.
« Vous êtes ponctuel, c'est bien. »
« C'est donc vous qui avez eu l'idée de... »
« Non, non. Je suis le fils de l'architecte renié par ses pairs. J'en ai hérité et je ne le regrette pas. Il ne désemplit pas. Comme quoi, la guerre a du bon. »
Maman est devenue livide. Vincent a coupé court.
« C'est magnifique. Cet horizon aussi gris que la mer, et le ciel qui hésite à bleuir. »
« Vous êtes poète ? »
« Non. Notaire. »
« Vous êtes bien jeune pour... »
J'ai couru à l'intérieur de la maison par la porte que le proprio avait ouvert tout en se vautrant dans un bavardage inutile d'agent immobilier.
J'ai été impressionné par la cheminée. Elle était tellement grande qu'il était possible d'y garer son auto tamponneuse. L'idée m'était venue parce que le mur était lézardé. La tapisserie ne pouvait pas tout masquer. Je me suis dit que le gîte avait probablement subi les canonnades de l'armada.
« Cette maison n'était pas là, jeune homme, pendant le débarquement. Pas encore sorti de terre. Il a fallu beaucoup arroser pour qu'elle pousse. Le ciel s’en est chargé. »
Je l'ai regardé comme s'il venait d'avouer des origines teutonnes. Le proprio était télépathe.
« Non, non, c'est moi, je te fais une blague. J'ai aussi des dons d'imitateur. »
Fripon commençait son cinéma, preuve qu'il se sentait bien entre ces murs couverts de tableaux représentant le débarquement dans un style naïf.
« Heureusement qu'il n'y pas de baïonnettes accrochées... »
« Les baïonnettes, c'était en 14, jeune homme. »
Je n'ai pas su si c'est Fripon ou le proprio qui m'avait corrigé. Le fils de l'architecte m'avait toisé méchamment, en tout cas. Il a quitté les lieux et nous nous sommes installés pour une semaine. Maman avait déménagé sa garde-robe parce qu’elle s’apprêtait à voguer sur une mer où elle n'avait jamais nagé.
Je me suis demandé, à retardement, où était passée la voiture du proprio. J'ai haussé les épaules. En vérité, je m'en foutais. Il y avait probablement des sables mouvants dans le coin. J'ai ricané en silence. La pluie a cessé et je me suis retenu de sortir pour respirer l'air marin et courir vers la gloire de nos pères.
Cette nuit-là, j'ai rêvé que des baïonnettes étaient accrochées aux murs du gîte. Il y avait une tempête et l'une d'elles se plantait dans le canapé, épargnant de justesse Vincent tandis que nous somnolions devant la télé.
Mais que venait-il faire dans mon rêve ? Il n'était pas de la famille.
« Justement, c'est lui qui était visé. L'occasion de nous en débarrasser. »
« C'est toi, Fripon ? Je n'ai pas crié, n'est-ce pas ? »
Maman entra sans frapper. La routine se délocalisait.
« Ici aussi, tu cauchemardes ? Vincent ne t'a pourtant pas rendu visite, hier soir. »
Elle s'apprêtait à déserter la chambre lorsqu'elle fit soudain volte-face.
« Et ce Fripon, c'est qui ? »
« Il était dans le rêve. »
Elle ne m'avait même pas embrassé sur le front.
« La Normandie ne lui réussit pas, on dirait. » murmura Fripon.
« Ta gueule ! »
Je me suis rendormi et j'ai encore rêvé. Cette fois, pour me venger de son arrogance, j'utilisais des ciseaux pour l'amputer de ses tentacules. Il essayait de me mordre, en vain. Je ne me suis point réveillé jusqu'à l'aube qui se montra, rayonnante, par les interstices. Nous avions de la chance. Le soleil avait juste un peu de retard.
« Fripon, tu as essayé de me mordre, cette nuit. »
« Je sais, petit maître. Et j'ai réussi. Regarde-toi dans la glace de l'armoire. Il y a les marques de mes dents sur ton nez. »
Inquiet, je lui ai obéi. Le monde à l'envers. Il n'y avait rien. Il a éclaté de rire. Je me suis joint à lui. Je ne suis rancunier qu'avec les humains.
Je n'ai pas vu le temps passer. Ce train allait trop vite. Le terminus se montrait déjà, à l'horizon. Mes journées furent studieuses, à quelques semaines de faire la connaissance de l'école primaire.
Nous visitâmes des lieux glorieux, notamment Sainte-Mère-Eglise. C'est là que j'ai failli vendre la mèche. Il n'y avait pourtant pas de déshonneur à être le petit maître d'un esclave imaginaire, si ?
Fripon a hurlé de rire lorsqu'il a aperçu le pantin suspendu par son parachute au clocher. Maman s'est retournée et m'a lancé un de ces regards... Vincent n'avait pas bronché, ému à la vue de ce héros assourdi par les cloches.
« Tu n'as pas honte ? »
« De quoi ? »
Elle avait visiblement entendu Fripon. Mais comment était-ce possible ?
« C'est grâce à des hommes comme lui que notre pays a été libéré de l'occupant nazi. »
« Je sais, maman. Vincent me l'a souvent raconté. »
« Alors pourquoi tu ricanes ? »
« Ce n'est pas moi... »
Elle m'a giflé. Je n'ignorais point qu'elle détestait le mensonge, encore plus sortant de la bouche de son fils.
C'est depuis ce jour-là que je suis devenu rancunier avec tout le monde.
Dans un musée, nous avions été particulièrement attentifs au récit du guide du patrimoine. Un homme grand, mince, blond, au regard bleu et froid, dont la voix captivait. Il avait un léger accent. Rien de très latin. Il nous avait montré plusieurs mines, toutes différentes, sans oublier de préciser à quel camp chacune appartenait. Certaines ressemblaient à des frisbees, et j'eus droit à de lourdingues traits d'humour de Fripon. Plus loin, dans une vitrine, des grenades alignées comme des fruits – les américaines m'avaient donné envie de jouer à la pétanque. Je dus lorgner du côté de maman qui semblait capable d'intercepter les fréquences. Et il y avait les casques, surtout ceux des boches, que j'imaginais destinés à cacher les oreillettes diffusant la musique de Wagner. Les armes à feu m'intéressaient moins, qui me rappelaient trop celles des chasseurs, brandies fièrement pour dépeupler les forêts.
Nous avons visité plusieurs cimetières, dont celui où reposaient les soldats allemands ; paradoxalement, il me troubla vraiment. Toutes ces croix... Je me suis dit : « Ils sont dessous et nous jugent. Ils n'ont pas voulu faire la guerre. Ni eux, ni ceux d'en face. »
Fripon se tenait coi. Il avait intérêt. Je lui réservais un chien de ma chienne, un qui aboie fort, très fort, et mord. C'était la première fois que ma mère me giflait en public. Il allait payer cette humiliation.
La balade sur la grande plage grise a détendu Vincent. Il s'arrêtait, de temps en temps, et creusait des trous dans le sable, du bout de ses chaussures, comme s'il cherchait des... Des galets enfouis ? De minuscules coquillages destinés à confectionner un collier pour maman ?
« Ici, autrefois, des mines ont transformé de vaillants soldats en culs-de-jatte. Les démineurs ont fait un sacré boulot pour nous permettre de marcher sur les chemins de la liberté. »
« Je suis sûr qu'il y en a encore, profondément enterrées, qui ne demandent qu'à revoir la lumière. »
« Tais-toi, toi ! »
Et j'ai pensé : « S'il ricane encore, je lui dis que, bientôt, je vais l'abandonner sur le bord d'une route. »
« Tu ne vas pas faire ça, petit maître. »
« Je vais m'gêner. »
Nous sommes rentrés. Un silence pesant a écrasé l'ambiance dans la voiture. De lourds et noirs nuages nous survolaient, décalquant des ombres polymorphes sur le sable gris. Vincent semblait prendre un malin plaisir à leur rouler dessus lorsqu'elles débordaient sur la route. Nous avons soupé d'un potage et je suis allé me coucher, laissant ma mère et son mec ruminer ce qu'ils avaient vu en regardant un téléfilm à deux balles.
J'attendais Vincent, c'est maman qui est venue dans ma chambre alors que, dehors, la nuit portait le deuil du monde gris.
« Il ne viendra pas, ce soir. Il ne se sent pas bien. La balade l'a perturbé. »
« J'ai remarqué, maman. Mais tu ne trouves pas bizarre qu'il ne nous ait pas fait visiter le village où a vécu son père ? »
« Il doit avoir ses raisons, mon chéri. Mais je n'y avais pas songé. J'ignorais qu'il t'en avait parlé. Peut-être se refuse-t-il à revoir certains détails de son passé, et s'en déleste-t-il en les évoquant devant toi. »
« Je suis ravi d'apprendre que je lui suis utile. »
« Il t'aime bien. Si, si. Il me l'a dit. »
Je n'avais pas réagi. Même pas ébauché un sourire. Quelque chose m'empêchait de l'accepter parmi nous, et ce n'était pas parce qu'il était encore tôt pour remplacer physiquement papa.
« Oui, maman, c'est justement parce qu'il m'utilise. Tu connais d'autres enfants qui supporteraient les horreurs qu'il me raconte ? C'est un miracle si je ne cauchemarde pas plus souvent. »
Je m'étais contenté de penser, faisant profiter Fripon, étrangement silencieux. Avait-il compris qu'en présence de ma mère, il valait mieux être une carpe qu'un perroquet ?
J'avoue qu'il commençait à me prendre la tête. Ses familiarités m'indisposaient, maintenant. L'an dernier, en Lozère, il avait été sage comme une image. Je lui avais promis de changer son apparence, mais je n'avais pas tenu parole. Depuis, il était devenu cynique. Quelle importance, son aspect, puisque j'étais le seul à le voir ? Monsieur était-il aussi coquet qu'une femme ? Je n'avais jamais osé demander aux filles du quartier si elles avaient un compagnon imaginaire. Peut-être que leurs poupées jouaient ce rôle ingrat.
L'impression d'avoir grandi en quelques jours, au contact de la Normandie, ou à l'approche de la rentrée scolaire.
Je me suis endormi comme tombant au ralenti. Le parachute s'était ouvert et les bras de Morphée avaient amorti ma chute. Il n'a pas voulu me lâcher.
« Tu avais peur que je pose les pieds sur une mine ? Mais toi, comment tu fais pour ne pas sauter sur l'une d'elles ? Tu connais leur emplacement ? »
Il ne m'a pas répondu. J'ai aussitôt plongé dans un rêve d'actualité.
J'avais obéi à Fripon qui voulait changer de peau.
« Ça te plairait d'être un chien ? »
« Oh oui ! Oh oui ! Mais il faudra remuer la queue tout le temps ? »
« Pas forcément. Uniquement quand tu seras content. Tu devras juste aller chercher la baballe et me la ramener. Et surtout, surtout, ni aboyer, ni me parler quand je suis avec maman. »
« Et je pourrais courir après les chats ? »
« On verra. Alors, tu es d'accord ? »
« Et je vais avoir un autre nom ? »
« Non, non. Pas obligé. C'est toi qui vois. »
« Je garde le même. Il plaît aux filles. »
Je claquai des doigts et il devint un caniche. Le plus joueur des caniches. Il bondissait comme s'il faisait du trampoline. Je ramassai un galet qui traînait sur la plage et le lançai au loin. Tel un missile, il fonça sur la cible, et une gerbe de sable tourbillonna en même temps qu'une explosion fit méchamment siffler mes tympans.
J'étais vengé.
C'est mon propre éclat de rire qui m'a réveillé.
Il ne restait plus qu'un jour de nos vacances normandes. Vincent avait décidé d'aller se balader avec maman, en amoureux.
« On ne va pas s'éloigner. Tu garderas le gîte, d'accord ? A la maison, quand tu veux, tu es une excellente sentinelle. Allez, on compte sur toi ! »
Impossible de refuser. Son sourire était la signature d'une femme heureuse.
« Dis, maman, si j'en ai envie, je peux regarder la télé en votre absence ? »
« Bien sûr. Fais comme chez toi. »
Elle gloussa.
Il y eut de la friture sur la ligne. J'ai feint de reprendre l'album dont j'avais perdu la page. Mais comme il est plus aisé de la retrouver lorsqu'il s'agit de phylactères.
« Tu ne vas tout de même pas... »
« Je t'ai dit de te taire. Ça vaut pour tous les jours jusqu'à ce que j'en décide autrement. Maman commence à se douter de quelque chose. »
« C'est dommage... parce que j'ai quelque chose de grave à te dire. Et ça concerne ton futur beau-père. »
« Bon... Mais fais vite ! J'aimerais finir ce Tintin avant de rentrer au bercail. »
La friture se changea en lave bouillonnante.
« J'ai fait comme toi, j'ai écouté aux portes. Sauf que moi, je ne risque pas de me faire repérer. Et je n'en ai pas cru mes oreilles. »
« Arrête ton char, Ben-Hur ! Tu n'as pas d'oreilles, ni d'yeux… que des dents ! »
« Vincent... »
« Quoi, Vincent ? Accouche ! »
« J'suis pas une femelle ! »
« Au fait ! Au fait ! »
« J'ai entendu Vincent parler au téléphone à un certain Chassagne. J'errais sur le palier. Je passais devant la salle de bains. Je m'amusais à imiter un fantôme. J'ai réussi à voir mon ombre sur le mur. Quelle horreur ! Oui, oui. Eh bien, il le tutoyait. Il murmurait. Le silence de la maison m'a bien aidé. Je n'ai pas trop forcé pour capter les mots un par un. Il était clair qu'il l'appelait en cachette. Tu ne vas pas aimer, non, non. »
« Si je pouvais te botter le train, je le ferais ! Tu me fais perdre mon temps. T'as intérêt à... »
« Il était question d'une promenade... piégée. »
« Piégée ? Pourquoi piégée ? Et comment ? Tu racontes n'importe quoi. »
« Laisse-moi finir, petit maître, avant de me juger. »
« Bon, ça va, je t'écoute ! Ils vont bientôt revenir. »
« Vincent reviendra seul. »
« Quoi ? »
« Il va entrainer ta mère à proximité d'un champ de mines. Il en reste un, jamais nettoyé des stigmates de la guerre à cause de nids d'oiseaux d'une espèce en voie de disparition. Ils sont trop légers pour réveiller le feu des hommes. Là, ils étaient tranquilles pour se reproduire. Et si un chien errant ou un renard se pointait, son flair l'inviterait à faire demi-tour. »
« Il veut montrer ces oiseaux à maman ? »
« Ce n'est pas ce qu'il a dit au téléphone. »
« Alors quoi ? »
« Il veut s'en débarrasser. »
« Pousser maman dans le champ de mines ? Mais pour quelle raison ? Et pourquoi ne m'as-tu pas averti plus tôt ? »
« Ça fait beaucoup de questions. Il faut que je mette les réponses dans le bon ordre. Je n'ai rien dit avant parce que j'attendais qu'ils partent. Je suis sûr que tu aurais tout répété à ta mère et ça n'aurait rien changé. Au contraire. Elle t'aurait traité de mythomane, ajoutant qu'elle savait que tu détestais son nouveau mec. Qu'à son âge, elle avait le droit de refaire sa vie, avec ou sans ton consentement. Quant à la raison de con acte, elle est simple : il veut obtenir ta garde, la seule façon d'obtenir sa part d'héritage. »
« Mais... maman n'est pas riche. »
« Si, si. Ton père avait touché une grosse somme d'argent en jouant au poker. Ta mère ne t'a rien dit pour que tu n'attrapes pas la grosse tête. Quand il est tombé malade, il a rédigé un testament. Et Vincent est notaire, il connaissait du monde dans le métier. Ils parlent beaucoup entre eux, faut pas croire. Surtout si l'affaire est… originale. C'est au cas où ça se reproduirait. C'est un métier où il ne faut pas être pris de cours. Comme avocat. Il était aux premières loges. Il dira au juge pour enfants qu'il vaut mieux ça, vivre avec lui, qu'être orphelin. Surtout si vous vous entendiez bien. C'est pour ça qu'il a toujours été aimable avec toi. »
« Ce salaud a dû lui faire signer des papiers. »
Il y eut un silence. Ce fut comme si le gîte pesait sur mes épaules dans le but de me plaquer au sol avant de m'enfoncer la tête dans le sable.
« Et ce Chassagne, c'est qui ? »
« Le proprio. »
« Et comment tu sais ça, toi ? »
« C'est écrit sur la porte de sa maison. »
« Tu l'as suivi ? »
« Oui. Je suis monté dans sa voiture. Il ne risquait pas de remarquer ma présence. C'est un étranger à ta famille, c'est plus facile de parasiter son esprit. Ta mère, elle, a dressé une barricade. Elle se doute de quelque chose. Elle t'a surpris, à plusieurs reprises, en train de parler seul. Quant à Chassagne, il se gare dans le bouquet d'arbres. Il y a une clairière parsemée de traces de pneus. Une tonsure sur le crâne d'un moine, et quelques cicatrices laissées par les coups de rasoir. Je crois que c'est un parking à ciel ouvert. C'est pour éviter que le sable s'introduise dans les voitures quand le vent se lève. »
« Tu sais que je t'aime, toi ! »
« Voilà ce qui s'appelle un sentiment soudain. »
« Hein ? »
« C'est dans Cyrano de Bergerac. Moi, je sais lire. Que crois-tu que je fasse pendant que tu dors ? Je t'apprendrai, si tu veux. »
« Je t'aime mais j'ai envie de te gifler. »
Il a ricané. Je n’ai rien dit.
« Je crois que c'est le moment de faire venir tes amis, les épouvantails. Ils vont se charger du proprio et on ne pourra accuser personne. »
« Tu crois vraiment ce que je t'ai dit à leur sujet ? »
« Non, bien sur. Mais j'essaie de dédramatiser. »
« Et pourtant, c'est vrai ! Et je vais le faire. Ils me doivent bien ça ! Je les ai soutenus dans leur lutte contre les abus de pouvoir de leurs maîtres. Ils ont réclamé, en vain, de passer l'hiver au chaud. Et cette requête leur a été refusée. »
« Et tu vas faire comment ? »
« Ils volent plus vite qu'un balai de sorcière. Dans moins d'une heure, ils encercleront la maison du proprio. Toi, il va falloir que tu te débrouilles pour mettre Vincent hors d'état de nuire. Avec un peu de chance, tu arriveras au champ de mines avant eux. Ce n'est pas très loin. Et je te servirai de GPS. »
« Allons-y ! Il faut sauver maman ! »
L'album a valdingué dans le salon. Il est retombé sur la télévision. Ce fut comme si les pages étaient feuilletées par un fantôme. Milou a eu peur. Si, si, je l’ai entendu couiner.
– EPILOGUE –
La rentrée s'est très bien passée. Maman m'a accompagné jusque devant l'école. Papa n'a pas voulu venir. Il m'a promis de cesser de me raconter des histoires, le soir. Je suis assez grand, maintenant, pour m'endormir sans avoir besoin de ses délires de conteur.
Je n'ai pas pleuré devant la grande porte prête à me gober. Les autres enfants, oui.
J'avais renvoyé Fripon à ses chères études.
Je l'ai abandonné sur le bord de la route, en rentrant de Lozère. J'ai simulé une envie de pipi. Je crois bien qu'il est retourné auprès des épouvantails. Ils avaient un combat à gagner.
Le monde est devenu routinier sans lui. Mais bon, j'allais apprendre à lire, et mes rêves deviendraient probablement moins racoleurs.
Papa m'a promis de me faire un beau cadeau dès que j'aurai ma première bonne note.
« Ça te dirait un petit séjour ailleurs qu'en Lozère, l’été prochain ? »
« Pourvu que ce ne soit pas en Normandie, papa. »
« Pourquoi tu dis ça ? »
« Pour rien... Pour rien... »