Lettre à un bouleau

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10 février 2022

 

Bonjour Bouleau,

 

Je pense à toi souvent, mais en disant cela, je ne suis pas sûr de bien m’exprimer. Je devrais peut-être dire, en m’adressant à toi : « Je pense à vous souvent ». Ce faisant, je ne ferais pas d’erreur : ou bien je te vouvoierais – avec une étrange politesse, certes – ou bien je m’adresserais à ta dualité. C’est que, vois-tu, je ne t’ai jamais vu qu’une seule fois, en hiver, la base enfouie sous la neige.

 

Es-tu donc un seul arbre, tes deux troncs en fourchette se séparant juste au-dessus des racines, image et réalité d’une vie divisée au départ par quelque blessure mais qui, courageuse et persévérante, a su conserver son unité et sa grâce?

 

Ou bien êtes-vous plutôt deux arbres amoureux, s’appuyant l’un contre l’autre depuis toujours? Vous me faites alors penser à ces couples âgés qui, à travers les joies et les vicissitudes d’une longue vie commune, ont su prendre de concert les virages importants. Comme eux, vous vous dirigez ensemble vers la clarté et le souffle d’en-haut. De deux, il me semble alors que vous ne faites plus qu’un et que je peux recommencer à te tutoyer sans crainte de me tromper.

 

Quelle que soit ta réalité, tu es beau à voir, bel arbre, t’élançant vers le ciel en une courbe gracieuse, régulière, étrangement jumelle. Je retournerai te voir, mais en hiver seulement, lorsque la neige aura de nouveau enfoui ta base : ton mystère continuera ainsi à m’interpeller, à me questionner, à m’émerveiller.

 

Au revoir!

 

Seb


Publié le 17/10/2026 / 1 lecture
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