Léa avait accepté l'invitation de José. Passer boire un verre chez lui, avant de rentrer.
Il était agréable, sympathique, bien vu au lycée. Il habitait un vieil appartement sombre, dans une ruelle humide. Il lui a proposé un verre d'alcool et le pétard qu'il venait de se rouler. Elle a fumé 2 tafs. Elle avait confiance. Il était apprécié des filles et des garçons.
Elle a accepté de faire l'amour. C'était sa deuxième fois. Elle y a pris un certain plaisir. Il était doux. Elle a pris des initiatives maladroites mais dont elle était fière. Elle s'est endormie très vite, trop vite, comme une souche.
Elle s'est réveillée avec la sensation qu'on la touchait et plus encore et qu'il y avait des voix dans la pièce. Elle avait du mal à réagir, à comprendre, à remuer, à se lever. « Le violeur des bals », homme plus âgé, ancien taulard, dealer d'occasion, la tripotait tandis que José regardait. Elle tourna la tête sur le côté. 2 adolescents couchés dans un lit, s'étaient redressés et observaient la scène. Elle les regarda , avec intensité et panique. Comprit qu'ils ne feraient rien pour elle. Saisit qu'elle était un marché.
Ils attendaient, comme si elle allait jouir, ou leur tour peut-être. Elle se débarrassa du gros avec difficulté. Il gémissait et l'implorait, se frottant sur elle. Les 3 autres n'avaient aucune réaction.
Elle est partie sous une pluie battante, 3 kilomètres à faire. L'un des deux jeunes couchés dans le lit l'a rejoint dans une fourgonnette. Il s'est arrêté à son niveau et a simplement dit : « Je te ramène ». Puis « ça va ? » puis « Je te laisse là. Je ne voudrais pas qu'on me voit ». Elle aurait aimé lui gueuler sa colère. Aucun mot ne sortait de sa bouche. Il avait pris la route la plus longue et l'a déposée bien avant le village. Elle est arrivée trempée, défaite, mal en point. Elle n'en a parlé à personne. Elle était seule. Ils étaient 4.
On lui aurait dit que ça ne servait à rien de porter plainte et que des affaires comme ça, il y en avait trop. Elle, elle avait juste envie de gerber, de gerber sur tous ces hommes qui abusaient des femmes, sur ceux qui les excusaient, sur ceux qui se taisaient et sur cette société qui laissait faire. Elle avait déjà compris qu'elle devrait se construire avec cette gerbe-là, comme trop de femmes. Et c'est bien plus tard , des années plus tard, qu'elle a compris qu'elle avait été droguée.
Note: j'ai mis le plus soft de mes textes sur le sujet, quand-bien même ce ne serait pas de la littérature, après avoir visionné un film sur la violence sexuelle. C'est pour dire, écrire aussi qu'une agression sexuelle quand elle concerne le corps et les parties intimes est vécue comme un viol de l'intimité, forcément, par la majorité des victimes, qu'il y ait ou non pénétration. Je passe maintenant à autre chose.