— Asseyez vous près de  la cheminée, vous serez bien… 

comment le savoir à l’avance comment le lui dire que sa cheminée garde des poussières de cendre et des odeurs acides de feu éteint qui se mêlent à celle du bois mouillé qui dégage des effluves de renard noir, de ceux qui se faufilent à l‘ombre des genets en produisant un son râpeux comme un souffle de tuberculeux, sale, glissant, lorsque le vent du nord traverse les collines le pollen se disperse ainsi des pensées fugaces et fuligineuses, qui dans les bronches irritent, la cheminée et pourquoi me mettrais-je dans cette ombre sur ces briques froides alors qu’à cette heure le soleil entre encore par la fenêtre ouverte avec l’air du dehors et quelques insectes qu’il chasse lorsque ils ont l’outrecuidance d’effleurer ses cheveux.

« Assieds-toi ! » m’enjoint-il

il y met comme de l’autorité, comment se permet-il, son âtre dégoûtant, imagine les feux que l’on y allume à Noël ou les nuits d’hiver, enfin c’était avant, il y avait des ours dans les montagnes et quand la neige était tombée il n’y en avait plus trace et je m’interrogeais sur leur disparition que j’espérais définitive et quand le printemps semblait réellement engagé quelques empreintes sur les congères disaient que « pas cette année encore » et si nous ramassions du bois tombé la cheminée fumait et je n’avais pas chaud jamais jamais il ne faisait chaud dans cette pièce et comme jamais les édredons n’étaient tout à fait secs ce qui les rendait lourds et étouffants, des dépouilles qui écrasent encore mon corps frémissant même si je suis loin et qui si je m’endors enfin s’allège en m’attirant vers des sommets anciens, anciens, ancienne, cette maison glaciale où j’ai vécu et lui qui me regarde maintenant comme si… comme s’il j’étais une apparition, une réapparition une revenante un sosie peut-être comme si j’étais elle…

Il a semble-t-il compris quelques chose ou il fait semblant de en écartant une chaise grinçante du côté de la table où le soleil poursuit des tentatives

« Viens, j’ai des choses à te dire » et quand enfin j’accepte et ne tourne plus sur mes pieds toupie idiote prête à chuter je m’accroche au dossier il fait de même en miroir en s’asseyant du côté ombreux j’entends son silence mes oreilles bourdonnent et d’un geste je chasse les insectes qui bourdonnent emprisonnés dans mes cheveux.


Publié le 02/06/2026 / 5 lectures
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