Si mi la re si sol do fa

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Souvent Longtemps, lorsque j’allais à des concerts de musique classique, je prenais simplement place et j’attendais que la musique commence.

 

Je croyais alors que le concert débutait au moment où le chef levait les bras et où, dans le silence de la salle, s’élevait la première note.

 

Puis j’ai découvert qu’il commençait bien avant.

 

Peu à peu, j’ai pris plaisir à arriver plus tôt.

 

À entrer dans la salle alors que la scène n’était pas encore tout à fait habitée.

 

Certains instruments étaient déjà là, immobiles, comme s’ils attendaient eux aussi : le piano, la harpe, les percussions, les cymbales, les timbales… et, sur la droite de la scène, derrière les violoncelles, cette magnifique forêt de contrebasses dressées les unes près des autres.

 

Puis les musiciens arrivaient.

 

Certains avec leur violon sous le bras, d’autres avec une flûte, une clarinette, un hautbois, un basson. Les violoncellistes rejoignaient leur place avec leur instrument, chacun s’installant peu à peu dans ce paysage encore silencieux.

 

Et soudain, le silence cessait de l’être.

 

Ici une corde frottée, là quelques notes de flûte, un trait de clarinette, un violoncelle qui cherche sa justesse. Chacun accorde son instrument, essaie quelques notes, recommence.

 

Cela pourrait sembler désordonné.

 

Et pourtant j’aime cette étrange mélodie d’accords, cette musique qui n’en est pas encore une, ce brouhaha sonore d’où va bientôt naître l’œuvre.

 

Pendant ce temps, les spectateurs prennent place.

 

Puis le premier violon entre.

 

Les applaudissements l’accueillent. Il ou elle s’installe, attend un instant, puis vient la note de référence.

 

Le la.

 

L’orchestre entier se met alors à vibrer autour de cette seule note. Les instruments la reprennent, l’ajustent, se cherchent, se rejoignent.

 

Une fois.

 

Deux fois parfois.

 

Puis tout s’arrête.

 

Et le silence, à son tour, se fait entendre.

 

C’est peut-être l’un des silences que je préfère.

 

Parce qu’il contient déjà toute la musique qui va suivre.

 

Alors le chef d’orchestre entre sous les applaudissements. Il serre la main du premier violon, salue le public, monte sur son pupitre.

 

Devant lui, sa partition semble contenir déjà toute la symphonie. Il la parcourt comme s’il devançait d’un temps ce que les musiciens vont jouer, comme si la mélodie existait déjà dans sa tête avant même que nous puissions l’entendre.

 

Son regard quitte la page, revient vers les musiciens.

 

À cet instant précis, quelque chose bascule.

 

La salle entière semble retenir son souffle.

 

Il lève les bras.

 

Et la musique, qui jusque-là n’existait encore que dans le silence, dans les partitions et peut-être dans son esprit, devient soudain sonore.

 

Et je trouve cela formidable.

 

Souvent, dès les premières mesures, je ferme les yeux.

 

Non pas pour m’isoler de la musique, mais au contraire pour mieux la recevoir.

 

J’essaie d’entendre d’où vient chaque son, de reconnaître un instrument, de suivre une ligne musicale qui naît à gauche, disparaît, puis semble répondre quelque part à droite.

 

Dans ma tête, mes émotions vont de-ci, de-là, portées par les cordes, les vents, les cuivres, les percussions.

 

Parfois un frisson traverse tout mon corps.

 

Et alors il n’y a plus vraiment de salle, plus de public, plus même d’orchestre.

 

Je suis seul avec la musique.


Publié le 05/09/2026 / 1 lecture
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