Le saigneur de la maison
Je ne suis pas heureux, me disait un ancêtre, je ne suis pas heureux depuis que mon gendre ex nazi et lepéniste a envahi notre demeure. Il est devenu le maître ici, aussi, je ne quitte plus ma chambre. Il a fait de mon salon son bureau. Lui et sa femme décident de tout. Je leur donne de l'argent toutes les semaines pour faire les courses. Évidemment, ils s'occupent de moi et de mes repas. Ma femme et moi n'avons pas eu vraiment le choix. Ils se sont imposés.
Tu sais quels livres on trouve au deuxième étage ? Style gros pavés à la gloire des nazis ?
Je n'y monte plus et préfère ne pas savoir. Moi, j'ai fait la guerre et combattu les allemands. J'ai fait sauter un pont, pas tout seul bien sûr, et failli y rester. Le nazi a du se cacher un temps, accusé d'avoir collaboré. Nous n'étions pas heureux de cette union avec notre fille. Elle était très jeune et il lui a inculqué ses idées.
Est-ce vrai qu'ils votent à ta place ?
Ils ont prétexté que c'était plus simple, que j'avais de la peine à me déplacer. Et m'ont fait signer une procuration.
Ils disent que tu ne veux plus sortir.
Avec eux, non. Avec toi, oui.
On sort alors...
°
Nous ne comprenons pas. Il ne veut pas sortir avec nous et sort partout avec toi.
Je ne suis pas fasciste moi, c'est pour ça. Ce n'est pas difficile à comprendre. Et je ne suis pas contente. Vous avez mangé tout mon repas prévu pour ce soir. De toute façon, vous êtes rentrés, moi je m'en vais. J'ai besoin de respirer. J'étouffe ! J'en ai déduit que des nazis votaient toujours rn aussi. Oui enfin, je le savais déjà.
Et dis-donc le nazi, pourquoi en rentrant t'es-tu précipité dans ta bibliothèque nauséabonde ? Tu as eu peur que je brûle tes livres ? J'y ai pensé mais comme ce sont vos méthodes de brûler des livres. Tu crois que j'en ai volés ? Tu veux savoir lesquels j'aurais pu déplacer, lesquels j'aurais pu lire ? Si tu crois que ça m'intéresse une bibliothèque de nazi . A vrai dire, oui, j' ai lu tous les titres pour savoir ce que ça pouvait être. J'en suis encore toute retournée, mais mieux connaître pour mieux combattre...
"Toi, tu n'es pas comme les autres, m'avait dit la femme du nazi, tu as fait philo"
Décidemment, tout le monde me disait que je n'étais pas comme les autres, sauf que moi, j'ai toujours voulu être et me sentir comme les autres, d'ailleurs, je sais que je suis comme tout le monde
sauf comme les
fascistes...
Là où je peux
être diférente d'autres, c'est que je me fiche maintenant complètement du jugement des autres et que non, je n'
ai pas peur.