Symphonie no 5 de Gustav Malher

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Il y a quelques jours, j’ai eu envie d’écouter la Cinquième Symphonie de Gustav Mahler. Je cherchais quelque chose qui puisse m’apaiser, me détendre un peu. Mauvais choix, pourrait-on dire.

 

Dès les premières mesures, j’ai eu un doute. Était-ce vraiment la Cinquième ? Je ne me souvenais plus de cette entrée si austère, si carrée, presque militaire. Une trompette ouvre la marche, puis l’orchestre s’installe avec une gravité qui ne vous prend pas vraiment par la main pour vous conduire vers la relaxation.

 

Au contraire, on est bientôt secoué, bousculé, bombardé de tous les côtés. Ça avance, ça cogne, ça se cabre. Par moments, j’ai presque l’impression d’écouter quelqu’un traverser une crise de nerfs : une personne qui marcherait de long en large, tendue, en colère, incapable de trouver sa place, passant de la rage à l’agitation, du sursaut à l’épuisement.

 

Et puis soudain, quelque chose cède.

 

Le quatrième mouvement arrive : l’Adagietto.

 

Les cuivres se taisent. Les cordes prennent la parole. La harpe apparaît. Tout ce qui semblait jusque-là comprimé, contenu, presque agressif, se défait lentement.

 

Ce n’est plus une colère.

 

C’est quelqu’un qui s’effondre.

 

Quelqu’un qui, après avoir résisté trop longtemps, finit par pleurer.

 

Et ces violons qui pleurent ne rendent pas la musique plus lourde. Étrangement, ils l’apaisent. Comme si les larmes étaient enfin devenues possibles. Comme si, après la violence, le corps pouvait relâcher sa tension.

 

C’est sans doute pour cela que cet Adagietto bouleverse autant. Pris seul, il est déjà magnifique. Mais lorsqu’il arrive après tout ce qui l’a précédé, il devient autre chose : une délivrance.

 

Et c’est peut-être aussi pour cela qu’il accompagne si profondément Mort à Venise de Luchino Visconti.

 

Je pense particulièrement aux dernières images du film. Aschenbach est assis dans son fauteuil, sur la plage. Devant lui, la mer, les vagues, la jeunesse qui joue encore, et Tadzio qu’il contemple une dernière fois.

 

Lui ne bouge presque plus.

 

Son visage, artificiellement rajeuni, se défait peu à peu. Sous la chaleur, la teinture noire de ses cheveux coule sur ses tempes et descend sur ce visage déjà presque cadavérique.

 

Et pourtant, rien n’est violent.

 

Il meurt lentement.

 

Tout semble calme.

 

Comme dans l’Adagietto, après le tumulte, il n’y a plus de lutte. Il ne reste que les cordes, la mer, la beauté regardée une dernière fois et cet homme qui s’abandonne.

 

Alors je comprends mieux pourquoi Visconti a choisi cette musique. Elle ne vient pas simplement accompagner la mort d’Aschenbach : elle semble être sa respiration intérieure.

 

Après la colère, après l’agitation, après le désir, après la peur, quelque chose enfin se relâche.

 

Et l’homme s’effondre doucement.

 

C’est peut-être cela, finalement, que je ressens dans cette Cinquième de Mahler : non pas une musique faite pour se détendre, mais une musique qui nous oblige d’abord à traverser la tempête avant de nous accorder quelques minutes de paix.

 

Et il y a aussi ma mémoire.

 

J’ai vu Mort à Venise plusieurs fois, peut-être trois, mais la fin du film est restée très présente en moi.

 

Il me suffit d’entendre l’Adagietto de Mahler pour que les images reviennent.

 

Je ferme les yeux et je revois la plage, Aschenbach assis dans son fauteuil, la mer devant lui, Tadzio au loin, et cette mort lente, presque silencieuse.

 

Pour moi, cette musique et cette scène sont devenues inséparables.

 

Je n’écoute plus seulement l’Adagietto.

 

Je vois Mort à Venise.


Publié le 05/09/2026 / 4 lectures
Commentaires
Publié le 05/09/2026
Quel beau partage. La musique classique génère des émotions viscérales qui demeurent longtemps. C’est un autre regard sur les choses, éternel hors du temps. Je suis curieux alors je vais écouter cette symphonie! Merci.
Publié le 05/09/2026
Merci Ioscrivo, J’écoute énormément de musique classique mais pas que ! J’aime tous les genres. Il y a toujours tant a découvrir 😘
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