Meije, pic dominant aux griffes acérées,

Toi qui su, de tes crocs, te protéger de nous,

Toi qui su défier nos paumes lacérées,

Tes os durs et saillants ont troué nos genoux.

 

En montant de Valouise à qui veut l’escalade,

Tu t’es longtemps caché dans l’ombre des écrins

Que formaient Forio, Pelvoux et l’Ailefroide,

Tu vois tout, tu vois loin, toi, Barre des Ecrins.

 

Cervin, doigt dressé vers un ailleurs hostile

Tu prescris de ta serre aux si petits humains,

Car c’est sous ton haut toit, silhouette dactyle,

Que tu donnes la vie en ouvrant tes deux mains.


Cauchemar du rêveur, vaines Grandes Jorasses,

Vous avez su rayer des destins inventés

D’un coup de pile ou face ou d’appétits voraces

Aujourd’hui vos sommets sont à jamais hantés.


Et toi l’ogre géant, toi l’Eiger, l’illusoire,

Tant de vie égarée en ton pan vertical

Croyait trouver en toi un répit provisoire,

Un plaisir solitaire, un retrait monacal.


Pinacle zénithal, éminent et mythique,

Empereur, Ô Mont-Blanc, toi sommet des sommets,

Si ta cime aspirée est initiatique,

Ni ton eau, ni ton air ne le seront jamais.

 

Par vos griffes, vos crocs ; par vos dents, par vos serres,

Vous êtes les géants qui gardent le massif.

Permanents et constants, vous n’aurez d’adversaires

Que cet homme isolé, égoïste et pensif.

 

Mais vos fronts fiers et hauts, mais vos fronts si tranquilles

Seront toujours abrupts aux rêveurs capitans,

Car nous sommes figés, contraints et immobiles

Sous le regard lointain de vos yeux de titans.


Publié le 09/10/2026 / 1 lecture
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