Du fond du puits de l'enfance, d'une fissure dans le temps et dans l'espace, me reviennent les cris de ma mère couverts par le silence et le regard gris acier de mon père.
Toujours cette menace qui guette… les cris fracassants de silence ou assourdissants de colère. Ils infestent mon corps et hantent mon cerveau dans l'attente de la libération.
Moi-même comme le cri, se délivrer des angoisses et de la rage dans le silence ou la fureur, imploser ou exploser pour accéder au vivre…
Le cri retenu, étouffé finit par déferler, le séisme intérieur déchaîne les mots enfouis au fond du gouffre ; lâcher ce qui est là tapi, laisser jaillir les mots prisonniers dans les abysses de la gorge.
Le silence, comme un chant à naître, résonne dans les profondeurs de la poitrine ; il remonte à la surface, avec le passé. Au commencement, il s'extrait de la voix ; affleurent du néant des murmures éteints, comme asphyxiés. Et soudain, surgit le cri, résonnant dans et du silence ; affluent la rage et la révolte, l'indicible se mue en cri, un cri bouleversant qui déchire le silence dénudant la souffrance enfouie, ouvrant la porte et libérant la menace.
Commençons alors à panser les plaies en laissant la place au Verbe.
Pansé à la hâte, le visage aux lèvres grandes ouvertes sur l'intérieur, aveu du silence dans lequel résonne l'angoisse qui colle au ventre et envahit de ses tentacules l'être tout entier.
Dans l'obscurité profonde, se tapit le silence, enchaînement à la douleur ; absence électrisée, présence palpitante.
Sans regard, les yeux arrachés et vides, le corps absent… j'entends le silence qui appelle à être crié, le silence qui crie si fort que subitement j'en suis comme sourde. Mais le vide des yeux contraint le regard à se détourner pour n'être plus qu'à l'écoute du grand cri, du pur cri… Et soudain, une énergie intacte jaillit, le silence se rompt… Le cri ultime, le fracas aveuglant d'un appel : M'entends-tu ? Ouvre, je ne peux pas rester enfermé !
Éjaculation ! Laissez la place au Verbe !