Ce texte participe à l'activité : Écrire sur ses racines ou lieux préférés

Viens

 

Mon village, c’est Saint-Julien. C’est le nom de l’église, comme souvent.

L’église Saint-Julien, sur sa petite place qui dominait les champs. Maintenant elle domine un lotissement et le collège. C’est le collège des Caillols. Je n’y ai pas mis les pieds. Dès la sixième, j’ai dû prendre le car. J’aimais bien prendre le car ; on traversait Beaumont, Saint-Barnabé… Tout le long du trajet, je regardais par la fenêtre et je voyais des rues qui partaient à gauche et à droite. Je ne savais pas où elles menaient. Un jour que je passais dans le coin en voiture, j’en ai parcouru quelques-unes. Mais le mystère qu’elles cachaient s’est vite évanoui… Alors j’ai renoncé.

Les Caillols, c’est pour la famille Caillol. C’est un nom du coin. Beaumont, c’est facile à comprendre. Et Saint-Barnabé c’est pour l’église. Le car allait jusqu’aux Trois-Lucs, mais je descendais à Saint-Julien. Je me demandais bien qui pouvaient être ces trois Lucs. J’ai appris récemment que je faisais fausse route… Il est question de tours de guet qui portaient trois feux !

 

Ma ville, c’est la ville aux 111 villages ! Je ne les connais pas tous. Peut-être leurs noms… Au fil du temps, ils se sont rejoints les uns les autres et, à présent, plus grand-chose ne les sépare. Sauf qu’on dit parfois : « Je suis de Bonneveine », « Et moi de La Calade ». Mais on est tous d’ici. On est tous de Marseille. Et, bon… on en est fiers ! On dit : « Fiers d’être Marseillais ». Et quand tu entends ça, tu es déjà au stade. Au Vélodrome ! Et là, il n’y a plus de villages, plus de Nord et de Sud, plus de couleurs… sauf le bleu et blanc, les couleurs de la ville.

 

Si tu veux la voir, cette ville, la voir vraiment, commence par la regarder d’en haut.

Tu montes à l’Étoile au nord, au Taoumé à l’est, à Béouveyre au sud et, déjà, tu te fais une idée. Elle s’étend, à tes pieds, entre collines et Méditerranée. Mais elle ne peut plus aller bien loin, enfermée qu’elle est dans son écrin.

Si tu as de la chance, tu arrives par la mer. Tu croises les îles, les grandes : Maïre, Le Frioul… les petites : Degaby, Tiboulen… et la célèbre : If, bien sûr ! Il y en a bien d’autres. Peut-être 111, allez savoir…

Tu aperçois la corniche au sud. Ici, ce sont les riches. Et de l’autre côté, au nord, tu vois les cités : Frais Vallon - il n’est plus très frais, il faut bien le dire - La Castellane - on ne t’y emmènera probablement pas…

Et puis tu entres dans le port, droit sur la Canebière. Tu passes sous le palais du Pharo et tu approches entre les Accoules à bâbord et la Bonne-Mère à tribord. Tout le monde la connaît ! Alors, là aussi, tu montes. À pied, si tu as le courage ; le funiculaire a été démonté il y a bien longtemps. Et quand tu fais le tour de la basilique, tu as l’impression que c’est la ville qui tourne autour de la statue de la Vierge. 

Cette ville, elle a son centre, son cœur. C’est La Bonne-Mère. Et elle a son poumon. C’est le Vélodrome…

 

Alors seulement, tu peux redescendre, tu peux t’enfoncer. Ne manque pas Noailles ni Le Panier. Va jusqu’aux Goudes. Là, tu oublies qu’il y a 800 000 habitants, juste de l’autre côté du calcaire et des argeras. Si c’est la saison, prends la navette maritime pour aller à l’autre bout, au nord de la ville, à l’Estaque et fais le sentier des peintres. Tu passeras au large de l’immense port de commerce qui vibre comme une ruche.

J’aurais aimé que tu voies ça avant, avant les tours, avant les paquebots de croisière, avant toutes ces paroles qu’on entend et qui nous font parfois si mal !

 

Avec tout ça, j’espère que tu auras envie de venir la rencontrer cette ville dont on parle tant mais qu’on ne connaît pas toujours très bien.

Tiens, en secret, un petit cadeau, juste pour toi…

Si tu y passes éloigne-toi un peu de la corniche où tout le monde se promène et aventure-toi dans Malmousque. Tu y seras plus tranquille. Tout au bout de ce village, tu trouveras un balcon au-dessus de la mer.

Assieds-toi là et prends tout ton temps…


Publié le 04/04/2026 / 6 lectures
Commentaires
Publié le 04/04/2026
Saint-Julien, un paysage familier où se cache la demeure du grand Fernandel...
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