L'odeur des cartes sortant du paquet déchiré, recollé. Les volutes de tabac brun, parfois quelques cigares. Le tapis vert sur lequel se posent les mains ou alors tapent les poings. La belote l'emporte sur le tarot encore une fois. Mamie est dans la cuisine, ça ne change pas. Le livre déborde de recettes et d'annotations au crayon.
J'attends le dimanche avec impatience pour retrouver cette atmosphère. Je me pose sur la rembarde avec vue sur la montagne. A droite le noyer et ses branches qui penchent pour me saluer. En second plan, la chapelle de la vierge marie. Sur la gauche, la forêt de sapin s'étend, l'envers. Et puis j'oubliais les géraniums, les fushias, cette touche de rose qui habille le chalet en toute saison. Il y a toujours de la place chez mamie et on peut même rester dormir. Il y a tant d'histoires et du bois pour réchauffer les coeurs froids. Je me sens si bien que je ne veux pas grandir. Je veux allonger la promenade, tremper mes pieds dans le ruisseau, remettre une bûche dans le poêle, admirer les broderies de ta grand mère, cueillir ces fraises des bois et ces myrtilles, te voir encore sourire près de moi.
Je n'écris pas au passé mais au présent. Et rien ne s'est cassé, c'est toujours pour moi comme avant.