Tu es lesbienne Candice, tu es lesbienne Candice….

Cette phrase résonnait à présent dans sa tête tel un glas qui sonne inexorablement, retentissant d’une vérité qu’elle n’avait pas voulu voir jusqu’à présent…mais à bien y réfléchir, Simon n’avait pas peut-être tout à fait tort…C’était vrai, en effet, que Candice était jalouse des différents compagnons de sa meilleure amie, c’était vrai également qu’elle montait dans une colère sourde dès que Mya passait plus de temps avec une autre amie qu’elle. Vrai aussi qu’elle avait toujours trouvé Mya incroyablement belle, féminine à souhait, drôle aussi…et, si Candice voulait aller au bout de ses réflexions sans les occulter pour une fois, il était vrai également qu’elle désirait Mya comme personne. Elle fondait dans son regard, elle rêvait secrètement d’effleurer ses cheveux, les contours de son visage si fin, tendrement, de simplement fermer les yeux, puis d’oser venir déposer un timide baiser sur les lèvres de sa meilleure amie…timide, peut-être, mais non moins amoureux…et très amoureux même. A présent que cette vérité lui avait été énoncée si violemment à la figure, elle apparaissait à Candice comme un rayon de soleil qui lui éblouirait les yeux…cependant cela lui posait un gros problème également : que faire de cette nouvelle homosexualité jusqu’à présent refoulée ? Devait-elle lui en parler ? Devait-elle se montrer honnête avec sa meilleure amie ? Quitte à la perdre si cette dernière la prenait mal, voire extrêmement mal ? Au mieux elle allait se prendre le râteau de sa vie ! Mya lui dirait que cette fois Candice débloquait complètement et qu’elle ne ressentait pas ce genre de sentiment en retour. Au pire ? Mya allait s’offusquer et demander à Candice de sortir de sa vie, par peur des sentiments de cette dernière envers elle. Mais non ! Mya ne lui ferait jamais ça ! Candice savait très bien que si elle tenait énormément à sa meilleure amie, cette affection presque fraternelle était réciproque.  Non Mya ne pouvait pas lui faire ce coup-là : elle ne pouvait pas l’évincer de sa vie, comme ça, dans un claquement de doigts, juste par peur ! Au contraire, cela risquait de la flatter, séductrice comme elle était ! Oui, à bien y réfléchir, Candice ne risquait pas grand-chose finalement. Mya tenait trop à elle pour la laisser tomber comme ça. C’était décidé ! Candice allait se rendre chez Mya et tout lui dire !  

Bzz!

« - C’est qui ?

- Mya c’est moi !

Candice ? Désolée je ne peux pas t’ouvrir, je suis en charmante compagnie…

-  Mya je t’en prie ! Ouvre-moi c’est important ! J’ai quelque chose à te dire !

- Eh ben écoute ça attendra car comme je te le disais je ne suis pas seule !

- Mya je t’en supplie ! S’il te plaît !

- T’es chiante Candice ! Qu’est ce qu’il y a ?

- Je ne peux pas te le dire comme ça par interphone interposé, j’ai besoin de te voir ! maintenant !

- Tu me fais peur…

- Il n’y a pas de peur à avoir par contre j’ai une, non, deux choses à te dire super importantes et qui ne peuvent pas attendre !

- Ok attends… »

Clic.

 Ca y est, la porte est ouverte. Allez. Prends une grande inspiration, souffle, respire, tu vas y arriver ! Allez plus que deux étages…plus qu’un…ça y est !

Dring !

La porte s’ouvre dans un claquement.

« - Candice entre ! Toi dégage !

- Comment tu me parles ?!

- Excuse mon amour. On se capte plus tard, je te rappelle, bisous. »

 

Candice regarde le nouveau chevalier servant de Mya sortir puis s’éloigner en maugréant un baragouinage inaudible.

« - Qu’est-ce qu’il y a ?!, s’exclame alors Mya avec colère.

-… »

Candice ravale sa salive en silence, soudainement terrifiée, tétanisée, le cerveau vide, comme en état de choc.

« - Candice ! J’étais accompagnée ! Tu m’as demandé de t’ouvrir parce que tu avais quelque chose d’urgent à me dire soi-disant, quelque chose qui ne pouvait pas attendre et qui m’a obligée à éconduire mon mec dans l’instant alors vas-y maintenant ! Crache le morceau !

- Mya je…, commence à articuler lentement Candice en cherchant ses mots.

- Candice ! Magne-toi ou je vais m’énerver !

- Je t’aime ! Voilà ! Je t’aime ! Je suis folle de toi ! J’aime tes yeux, j’aime ton regard, j’aime ta personnalité, j’aime ton caractère de merde, j’aime ta prestance, j’aime ta féminité, bref je t’aime ! Je t’aime tout court ! »

Candice avait hurlé en élucubrant tous les mots qui lui passaient la tête à une très grande vitesse, sans reprendre son souffle et en regardant sa meilleure amie, droit dans les yeux.

Mya resta muette, assommée par ce qu’elle venait d’entendre, les yeux grands ouverts d’étonnement sur Candice, comme si elle venait de la rencontrer pour la première fois.

« Et je suis enceinte !

- Quoi ???!!!, cette fois, la réaction avait été immédiate. T’es enceinte ?!

- Oui !

- Qu’est-ce que tu vas faire ?

- Le garder, évidemment !

- Hum…ça ne m’étonne pas de toi. Tu en as parlé avec Sim ?

- Oui ! Ce connard veut que j’avorte ! Il dit que c’est à moi de prendre mes responsabilités si je le garde et qu’il ne veut pas entendre parler de cet enfant.

- Hum…ça ne m’étonne pas de lui…Eh ben…tu es dans la mouise ma chérie…

- Je sais ! craqua soudainement Candice, fondant en larmes dans les bras de Mya.

- Allez ma belle, calme-toi, ça va aller…on va trouver une solution…susurra Mya en enveloppant son amie d’une étreinte douce et sincère. Puis soudainement, elle repoussa Candice tout en gardant les mains dans les siennes. Tu en as parlé à tes parents ?

- Non, pas encore… sanglota Candice en se lovant à nouveau avec délectation dans les bras de son amie.

- Ils vont te tuer !

- Je sais… ».

Les deux amies desserrèrent leur étreinte tout en gardant leurs doigts imbriqués les uns dans les autres, se regardèrent un instant en silence, puis éclatèrent de rire, nerveusement, l’une séchant ses larmes, l’autre tordue en deux tant elle riait.

« - Et…pour ce que je viens de t’avouer ? Qu’est-ce que tu en penses ?

- Je ne sais pas Candice, je ne m’attendais tellement pas à une telle déclaration venant de ta part…et d’un autre côté ça ne m’étonne pas…tu as toujours eu ce regard…

- Alors ça ne change rien entre nous ? Tu ne m’en veux pas ?

- Pourquoi je t’en voudrais ? Les sentiments ça ne se commande pas…et puis, c’est plutôt flatteur pour moi finalement…excepté le « caractère de merde » que j’ai d’après toi, le reste de tes propos étaient très élogieux.

- Alors, ça ne change rien entre nous ? On reste amies ?

- Evidemment qu’on reste amies ! et puis quoi encore !

- Merci Mya !

- Non, merci à toi pour ta franchise et le courage que je pense qu’il t’a fallu pour me dire tout ça. »

 

Les deux amies se regardèrent en silence. Mya prit à nouveau les mains de Candice dans les siennes et vint déposer ses lèvres contre celles de Candice.

 

« - Un smack, juste un, pour te prouver qu’il n’y a aucun problème. »

 

Candice rougit, ses yeux se remplissant de larmes contenues de gratitude.

 


Publié le 15/04/2026 / 2 lectures
Commentaires
Publié le 15/04/2026
Je t’ai lu à bout de souffle. J’ai ressenti le poids des mots, cette peur qui fourmille dans le souffle, ce qu’ils charrient avec eux. Le cœur qui bat à tout rompre, qui espère contre toute attente. La trouille du rejet qui fend l’air. Ton texte est incarné, il fait ressentir le feu qui nous habite lorsque l’amour frappe, sans crier gare. Ce besoin urgent de se révéler, le coming out, la peur au ventre. Ton texte m’a ému, m’a rappelé mon propre coming out. La première fois que j’ai osé en parler à un jeune homme comme moi alors, mais qui m’a fermé la porte, les yeux apeurés, en m’écrasant les doigts dans l’encadrement. Bravo vickie plume.
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