Quand l’écriture prend corps

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Écrire, c’est s’animer, se faire respirer différemment;
c’est faire revivre des silences, des paysages, des visages enfouis au fond de soi;
c’est habiter des pans de vie en les ressentant avec une telle intensité
comme si le temps n’avait pas creusé de rides sur la mémoire.

J’ai cherché à comprendre pourquoi mon corps s’animait lorsque j’écrivais.
Il semble toujours suivre le rythme, s’accorder aux mots déposés sur la page,
comme si mes textes devenaient des vagues sur un rivage :
tantôt ils le lèchent, tantôt s’y fracassent.

Il m’arrive souvent de disparaître du présent
pour habiter à nouveau les lieux de ma mémoire.
J’en sens les odeurs, j’entends les sons,
j’en vois les images et j’en touche la texture.
Les visages reprennent vie, les gestes se chorégraphient.
Les émotions retrouvent leur saveur.

Je revis pleinement ce moment.

Écrire, ce serait donc ça pour moi :
faire couler de la sueur sur la page,
transpirer de l’encre sur ma peau.

C’est aussi plonger en apnée au plus profond de soi
et remonter à la surface pour raconter une mémoire.

Comme l’écrivait Nicole Brossard dans La lettre aérienne :
« Écrire est un travail de muscle, de souffle, de posture. »

On écrit à partir du corps
et c’est peut-être pour cela qu’elle révèle parfois
ce que nous ne savions pas encore penser.

Comme si le corps le soufflait à la pensée.

Souvent, le corps prend les devants
et la pensée le suit.

Une fois que le corps a animé le texte,
la pensée vient ensuite en resserrer le cours
pour que le regard du lecteur s’y reconnaisse.

Peut-être est-ce pour cela que certains écrivent pour respirer.

La mémoire réanime d’un souffle
les silences trop longtemps étouffés.

 

 


Publié le 16/04/2026 / 1 lecture
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