Je deviens fou, fou d’entendre ce bruit intense autour de toi. Mais quand va t-il s’arrêter? Me laissera t- il cette fois tranquille? J’attends une explication, l’origine du mal qui t’empoisonne, jn coupable, un nom à mettre sur une liste et à éliminer. Je ne voulais pas voir. Je ne pouvais pas voir. C’est peut être moi le responsable ou alors la femme que j’aime. C’est génétique mais bon sang que c’est affreux rien que de l’imaginer. Alors on évite le sucre, on évite le bruit, on évite le changement, on évite les émotions fortes, on évite les choix, on évite les devoirs, on évite de dire non. Je pourrais continuer longtemps mais je suis fatigué. Je vais corriger: nous sommes fatigué et toi le premier. Nous sommes à bout. Non nous ne sommes pas forts et invincibles. Ce poison lent s’est répandu. Il veut briser l’unité. Nous allons nous battre. Faire face. Accepter ou refuser. Je ne sais pas encore. Nous voulons t’aider mais pas seul. Là c’est trop de violences, d’émotions, de souffrances et de sacrifices. Nous ne sommes pas de taille. Nous ne savons pas qui doit on combattre. J’aimerais au fond de moi que mes mots te soignent, que mes larmes noient les crises. J’ai peur bien sur mais je serais là. Pour toi. Il y a longtemps que je t’attendais. Ma vie a peut être commencé à la Toussaint quand mon coeur s’est agrandi pour ne plus avoir ces vilaines cicatrices. Je ne vais pas m’effondrer. Je vais me le répéter et on va y arriver. Je continuerais à chercher, à vouloir comprendre.
Désormais, tout va s’emballer. On ne va plus pouvoir garder ce secret, ta maman et moi. Il va falloir le dire, s’adapter, et ça me tue de le dire mais définir ton trouble. Surement que les médicaments vont te calmer, te lisser mais est ce que ce sera vraiment toi? Est-ce que j’aurais toujours cette folie, ces rires, cet imaginaire? Est-ce que tu seras un objet d’étude, un cas, une attraction? Est-ce que tu auras une autre voie pour ne pas déranger les autres, ne pas faire de vagues?
C’est un cauchemar et je veux que cela cesse. Je t’aime comme c’est interdit.
Le handicap, je ne le vois pas. Tu m’épates. Tu me mets des claques. Je me sens bête. Je ne fais pas attention à ton âge. Je devrais. Tu es encore un enfant. Je dois te protéger. Pendant les crises, je dois me contrôler mais c’est difficile. La patience c’est une de mes qualités mais ça ne fonctionne pas. Je cris, je hurle. Ce n’est plus moi.Je vois le handicap dans ces moments là. Je suis tristement en colère.
Je fais le voeu qu’un jour tu iras mettre des jolis mots sur ce qu’il y a dans ton cerveau. Moi je ne sais pas tout et je raconte pas très bien. Je suis juste ton papa et je veux le rester. Ne pars jamais trop loin car je vais m’inquiéter. Si tu es malade alors tu n’es pas seul, je le suis aussi.