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La Promesse du Destin
Partie 5

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Après mon malaise, j'ai été contraint de rester quelques jours à l'hôpital pour me rétablir. Les gouvernantes, toujours aussi attentionnées, venaient quotidiennement me déposer mes plats favoris. Au début, l'idée même de manger me répugnait. Tout me semblait fade et insipide. Les infirmières m'ont expliqué que c'était une réaction courante après une période de dénutrition. Bien que ma nutrition principale vienne d'une sonde, il était essentiel de réhabituer mon organisme à l'alimentation orale.

J'avais des rendez-vous avec ma nutritionniste trois fois par semaine. Mais aussi, je devais me rendre chez le kiné deux fois par semaine, tout en faisant de l'exercice tous les jours. Quant à Féli, elle ne m'adresse plus la parole... mais malgré ça. Elle m'a mis à disposition une des gouvernantes qui s'assurent que je vais bien à tous mes rendez-vous. Elle est aussi employée pour me faire tous les repas conseillés par la nutritionniste et bien sûr, elle contrôle que je mange absolument tout.

J'avais l'impression que mes journées se répétaient sans cesse, ce mois était interminable. J'ai tenté de travailler un peu, mais... je n'ai pas le droit de mettre les pieds au bureau et ils m'ont bloqué tous mes comptes professionnels, sans doute à la demande de Félicity. Ce qui signifie que je pense à elle constamment... j'aurais voulu lui dire à quel point elle m'avait manqué. J'ai préféré mon travail à elle... maintenant je n'ai plus ni l'un, ni l'autre. Ai-je toujours été si froid, de peur d'être aimé ? Mes parents n'étaient pas un modèle d'amour et j'ai toujours été spectateur de tout ça alors... comment je suis censé savoir comment me comporter avec elle ?

- Monsieur West ? Vous allez bien ?

- Vous avez toujours été comme des mères pour Félicity, et je sais qu'elle vous aime parce qu'elle me l'a dit, mais... je ne sais pas comment reconnaître...

- L'amour ?

- Oui...

- Il n'y a pas de façon prédéfinie de l'amour. Chacun a sa propre perception de celui-ci. Vous savez que nous sommes comme des mères pour elle, donc vous vous en doutez qu'on est au courant pour vous deux... ? Et qu'en ce moment, on ne vous porte pas dans notre cœur.

- Oui, je m'en doute...

- Que ressentez-vous pour elle ?

- À vrai dire, je n'en sais trop rien...

- Si, vous le savez. Décrivez-moi ce que vous ressentez. Par exemple, que ressentez-vous lorsque vous pensez à elle ? Ou quand vous êtes avec elle ? Et même sans elle.

- Ça serait... gênant... de vous dire tout ça.

- Vous voulez arranger les choses avec elle, n'est-ce pas ?

- Bien sûr que oui... elle... elle me manque affreusement. J'ai tendance à effacer les choses qui me font souffrir ou à travailler pour les oublier... quand je pense à elle, cette douleur que je ressens est si intense que ça me déstabilise. Mais curieusement, je crois que j'aime ressentir ça... Cela fait de moi quelqu'un de masochiste ?

- Non loin de là... il y a beaucoup de personnes qui associent l'amour à une douleur agréable. Vous ressentez autre chose ?

- Lorsque je suis avec elle... j'ai toujours cette impression que je respirais mal depuis toujours. Elle me fait... mieux respirer ? Je ne sais pas, j'ai l'impression de suffoquer en permanence quand elle n'est pas là. J'adore le fait qu'il y a plusieurs Félicity aussi. Même si cela me perd quelquefois sur ce que je ressens, mais le sentiment de vouloir l'avoir auprès de moi reste, même quand cela est condamnable...

- Comment ça ?

- Je... je crois que, même si elle avait eu 16 ans. Je l'aurais aimée en cachette toute ma vie...

- Aimée ?

Sans m'en rendre compte, elle a réussi à me faire sortir ce que j'ai toujours cru ne pas connaître. Je me demandais depuis combien de temps, je pensais à elle comme ça, mais en fait... j'aime Félicity et ça depuis le moment même où je l'ai vue s'enfuir de cette cuisine. Est-ce que c'est pareil pour elle ? Peut-être que je me fais des films tout seul ? À vrai dire, je crois que si ce n'était pas le cas, je serais anéanti, mais heureux tout de même d'éprouver ces sentiments. J'avais pris la décision de vivre cet amour tout seul avant même d'en savoir la nature, mais... je peux aussi le vivre avec elle. Avec Félicity...

Mon mois de convalescences est fini, je voulais absolument les respecter pour elle... je lui devais au moins ça. Mais aussi, j'avais besoin de réfléchir à ce que je lui dirais lorsque je la reverrai et... je n'en ai toujours strictement aucune idée. Mais bon, chaque chose en son temps pour l'instant, je dois reprendre le travail et voir comment les assistants on gérer les affaires sans moi. Une fois arrivé devant le bureau de monsieur Valygaut, je crois entendre la voix de Féli. Ce qui est impossible, elle ne vient jamais à son bureau normalement.

- Vous n'avez pas le droit de faire ça !

- Il serait temps que tu te conduises comme une femme et non comme une adolescente. Tu vas rencontrer ces hommes que tu le veuilles ou non.

- C'est hors de question ! On est plus au XVI siècle, vous n'avez pas le droit de me forcer à rencontrer, je ne sais qui, pour me marier !

- Si je ne prends pas les choses en main, tu ne sortiras jamais de ton propre chef ! Et puis j'en ai plus qu'assez de ces rumeurs sur ton âge !

- Je n'ai jamais voulu le cacher et vous ne les avez jamais fait taire. Cela vous arrangeait bien pour votre entreprise.

- Tu portes le nom des Valygaut. Comporte-toi enfin, comme telle Félicity Jones.

- Je n'accepterai jamais.

- Si tu veux continuer à mener le train de vie auquel tu es habitué. Tu n'en auras pas le choix.

Félicity quitte le bureau, la porte claquant si fort que le bruit résonne dans le silence du couloir. Son visage est ravagé par la colère et les larmes. J'avais imaginé tellement de scénarios pour notre prochaine rencontre... mais pas celui-ci. Alors, que suis-je censé faire maintenant ? Son père est aussi mon patron, et je le devine déjà : il va sûrement me demander d'organiser des rendez-vous pour Félicity avec d'autres hommes. Rien que d'y penser, mon estomac se noue.

Mais alors... est-ce que j'ai le droit de lui dire ce que je ressens ? Si je le fais, si je lui avoue mon amour et que j'organise malgré tout ces rencontres, je sais qu'elle ne me le pardonnera jamais. Je risque non seulement de perdre mon travail, mais peut-être aussi de la perdre, elle, pour de bon.

- Tu as l'air d'aller mieux... je suis contente...

- J'ai tout entendu...

- Et donc qu'est-ce que cela te fait ?

- On devrait s'éloigner du bureau...

- Non... dit le moi Sacha... qu'est-ce que ça te fait que je doive rencontrer d'autres hommes pour potentiellement me marier ?

- Tu me mets encore au pied du mur...

- Si c'est la seule solution, je recommencerai... pourtant je devrais abandonner. Tu es stupide.

- Oui, je le suis... je ne te mérite pas et je ne devrais pas même pas avoir cette discussion avec toi...

- D'accord... alors mettons-y en terme. Je ne vous embêterai plus avec ça.

- Non... ne te remets pas à me vouvoyer et écoute-moi cette fois. Mais je t'en supplie, loin de ce fichu bureau.

- Ok...

Je finis par prendre sa main pour m'éloigner et je me dirige vers sa chambre. Je la choisis. Cette fois, je la choisis. Je ne veux plus la voir pleurer, je le supporterais plus. Je ne sais pas encore ce que je vais lui dire, à vrai dire, je ne sais même pas ce que je vais faire avec Monsieur Valygaut. La seule chose que je sais, c'est que je n'ai plus envie de lâcher sa main une seule seconde.

- Que veux-tu me dire ? Que je suis comme ta petite sœur ? Que ton travail est plus important que de créer quelque chose avec moi ? Que je suis une enfant... ?

- Tes cheveux ont poussé... je trouve ça très joli.

- Vraiment, Sacha ?

- Je suis content que tu portes toujours le bracelet que je t'ai offert, malgré le fait qu'il soit potentiellement maudit...

- Mais qu'est-ce que...

- J'adore quand tu te comportes comme une enfant. Je n'ai pas eu l'occasion d'en être un alors te voir le faire me fait du bien... j'adore le fait que tu aimes te balader pieds nus dans le jardin après la pluie. J'adore aussi que tu laisses tes cheveux en bataille, et même que tu te plaignes de les avoir laissés s'emmêler. J'adore quand tu prononces mon prénom... j'en ai plein d'autres comme ça. Mais, ce que j'essaie de dire, c'est que... c'est que... je...

- J'adore ta ténacité... J'adore aussi regarder ton visage lorsque tu marques un temps d'arrêt pour te poser un milliard de questions...

- Je ne marque pas de temps d'arrêt ! Et comment sais-tu que je me pose plein de questions ?

- Si, tu le fais. Et je le sais parce que je t'observe tous les jours depuis maintenant trois ans. Puis cela fait aussi trois ans que je... depuis le jour où on s'est vus dans la cuisine, je suis...

Je ne peux plus attendre, je sens que je vais exploser. Mon cœur bat à tout rompre. Je lève lentement la main vers son visage, hésitant un instant. Puis, d'un geste impulsif, je l'attire vers moi et nos lèvres se rencontrent. C'est comme si un courant électrique traversait mon corps. Je l'embrasse avec une ferveur que je ne pensais pas possible. J'avais besoin de me sentir enfin connecté à elle ; elle est mon oxygène... je veux plus la laisser partir. Je ne veux plus qu'elle soit loin de moi... plus jamais. Elle a toujours été très tactile, mais moi, je gardais toujours une certaine distance. J'ai toujours craint de la toucher, de peur de ne plus savoir comment me décoller. Maintenant, ma peau est collée à la sienne... cela me donne des coups d'électrochoc dans tout le corps. Je n'arrive plus à m'arrêter de l'embrasser, sa bouche, son front, ses joues, son cou... je veux connaître chaque parcelle de son corps. Alors que je sentais ses mains se glisser sous mon haut, quelqu'un toqua à la porte.

- Félicity...

- Putain, c'est mon père. Il ne vient jamais dans ma chambre d'habitude ! Il faut que tu te caches ! Va dans la salle de bain.

- Quoi ?!

- Allez, vas-y !

- Je rentre... je voulais m'excuser pour la conversation que nous avons eue.

- Vous avez changé d'avis ?

- Non, tu dois faire ces rencontres. Je ne veux pas te donner un homme que tu ne veuilles pas. C'est pour ça que je vais t'organiser plusieurs rendez-vous, et tu pourras comme ça en choisir un.

- Mais père, ce n'est pas naturel ! Et cela reste vous qui choisissez pour moi...

- Félicity, si tu t'intégrais à notre monde, je n'aurais pas à faire cela. Mais lors de nos différentes soirées, tu n'abordes personne et lorsqu'on t'invite, tu refuses toute proposition.

- Notre monde ? Je dirais votre monde... je n'aime pas ces gens. Ils sont arrogants, prétentieux et soupe au lait. Si je vous disais être tombé amoureuse d'un petit assistant sans importance, vous en seriez content ?

Bon sang, Féli... tu veux vraiment que je perde mon emploi... ?!

- Ma fille ne peut pas se marier avec un assistant.

- Et pourquoi pas ? Après tout, vous êtes mon père, et vous ne désirez que mon bonheur, non ?

- Avant tout, je suis un homme d'affaires.

- Non, avant tout, vous êtes un père ! Quand est-ce que vous comprendrez que je ne suis pas un objet que vous pouvez manipuler à votre guise !?

- Baisse d'un ton.

- Vous avez planté une graine de haine en moi le jour où vous m'avez abandonnée. Et je suis sûre que, où qu'elle soit, mère vous déteste tout autant que moi.

Caché dans l'ombre, j'entends et vois toute la scène. Félicity et son père ne s'échangent habituellement que des politesses glaciales. Je ne les ai jamais vus discuter plus que nécessaire, encore moins se disputer. Leur relation se limite au strict minimum, et soudain, je comprends pourquoi. Mais comment les choses ont- elles pu dégénérer à ce point en seulement quelques mois ? Quoi qu'il en soit, me voilà maintenant face à mon patron, en train de le stopper alors qu'il levait la main sur sa propre fille.

- Vous ?! Que faites-vous dans la chambre de ma fille ?!

- Je suis désolé, Monsieur... mais je ne peux pas vous laisser faire cela...

- Sacha...

- Vous deux... vous êtes viré, Monsieur West ! Personne ne voudra vous engager, et je m'en assurerai personnellement.

- Non, ne faites pas ça ! Sacha n'est qu'un pion que j'ai utilisé ! Ce n'est pas sa faute, je l'ai manipulé.

- Féli...

Elle prend une grande inspiration et se tourne vers son père, déterminée malgré son visage ravagé par les larmes.

- J'ai voulu me venger de vos projets de mariage. Je l'ai vu derrière la porte de votre bureau, et je l'ai attiré ici, dans l'espoir qu'en ternissant ma réputation... je pourrais échapper à vos attentes.

- Vous me décevez, Félicity. Vous avez un rang à tenir, un devoir à respecter.

Puis, il se tourne vers moi. 

- Et vous, Monsieur West... quelle naïveté. Sortez de la chambre de ma fille.

- Oui... sortez. Je t'en prie, Sacha... joue le jeu...

J'hésite un instant, incapable de bouger. La seule fois où je la choisis, tout semble s'effondrer. Est-ce que c'est déjà fini ? Vais-je perdre tout ce que j'ai construit ? Mon regard s'accroche une dernière fois à Félicity ses yeux brillants de larmes me lancent un message silencieux, un ordre presque. Elle me demande de partir, de la laisser gérer. Je ravale ma fierté et je me retire.

Une fois dans le couloir, les mots de son père me reviennent en tête : « Vous avez un rang à tenir ». Comme un coup-de-poing dans l'estomac. J'avais oublié cette histoire de noblesse. Après tout, c'était sa mère qui détenait ce titre et dans notre pays, ça ne vaut pas grand-chose. Madame Valygaut, était une baronne en Écosse... je repense à cette histoire à moitié oubliée. Elle avait renoncé à son titre en épousant Monsieur Valygaut. Et malgré cela, les gouvernantes continuent de traiter Félicity comme si elle était bien plus qu'une simple héritière d'entreprise.

Féli n'a pas hérité du titre, mais apparemment elle est encore quelqu'un d'important là-bas, en Écosse. Ce monde de titres, de rangs... ça ne m'avait jamais concerné avant, mais maintenant, je me demande si j'ai réellement ma place dans tout ça. Si je peux être à la hauteur.

Alors que je m'éloigne de sa chambre, une pensée s'impose à moi : est-ce que je suis prêt à la perdre pour toujours à cause de ça ? Nous ne venons pas du même monde. Et pourtant, malgré toutes ces différences, malgré ce fossé entre nos vies... je ne peux pas m'imaginer la laisser partir.

Publié le 12/07/2026 / 10 lectures
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